Graines de Buisson : l’agriculture comme engagement pour le territoire (Ardèche)

Dans mon épopée, j’ai voulu partir à la rencontre du monde paysan. Loin du collectif, c’est parfois une ou deux personnes qui gèrent la ferme. Chez Graines de Buisson, j’ai découvert une ferme produisant des légumes et des plantes médicinales pour le territoire ultra local… Tout en devant faire face au réchauffement climatique, de plus en plus brûlant en Ardèche. Je vous emmène dans mon sac à dos pour découvrir leur quotidien et leurs meilleures idées de résilience !

Cette étape s’inscrit dans mon voyage à la découverte des écolieux et collectifs qui construisent, dès aujourd’hui, un futur souhaitable ! Juste avant, j’étais au Bidouill’art, démonstrateur de low tech.

Je glisse des émojis dans l’article pour que tu ne manques pas les plus beaux apprentissages :

💡 Une bonne idée à tester !
☀ Un principe clé de réussite.
📗 Une ressource à creuser.

Graines de Buisson : les infos clés

Nom : Graines de Buisson

🧭 Raison d’être : la raison première était de continuer à faire vivre le lieu, après en avoir hérité. Le couple a discuté du projet, de ses valeurs, sans ressentir le besoin de formuler la raison d’être en une phrase arrêtée. Les principes guides sont avant tout du bon sens, mener le projet de manière écologique, tout en prenant soin de l’humain (pédagogie, bons produits, et puis elleux deux avant tout !). Il s’agit de participer à la résilience du territoire, en produisant de la nourriture et des plantes médicinales en ultra local. Enfin, comme Nico (co-fondateur) aime le dire : ici, on est en Ardèche, on pratique l’art de la dèche ! Il s’agit de réagir avec bon sens et débrouillardise pour produire du mieux possible dans leur contexte.

📍 Localisation : Plats (proche de Valence)

📅 Année de création : 2019

👥 Nombre de personnes : 2

🏡 Exemples d’espaces : le terrain fait 2,3 ha, dont 2 000 m² de maraichage et 1 200 m² de plantes aromatiques et médicinales (PPAM). Le reste est laissé sans intervention ou presque : une pinède, des zones de buissons, etc.

🛌 Opportunités d’accueil : wwoofing

💰 Modèle économique : vente des produits frais et transformés de maraichage, pépinière, plantes médicinales.

💡 L’idée à emporter : en juillet/août, il fait chaud. Très chaud. Trop chaud même. Dans la serre en verre, le mercure peut monter jusqu’à 60 °C. Autant dire que, comme nous, les plantes n’aiment pas trop ça ! Alors, le couple réfléchit à plusieurs manières de gérer les températures — qui grimpent année après année — et le manque d’eau. Un exemple : les parcelles de maraichage sont progressivement surmontées d’une structure en bois. Double utilité : servir de tuteur pour les plantes qui en ont besoin, et ombrager les cultures en été. Le projet est de planter des grimpantes (vignes, kiwi, etc.) qui viendront couvrir la structure. De même, des vignes grimpent sur les murs et le plafond de la serre.

Une serre ombragée par la vigne

Un lieu d’agriculture paysanne, entre légumes et PPAM

Partons ensemble mettre les mains dans la terre, en immersion dans les planches de culture.

Vue d’ensemble de la ferme

2 personnes occupent le lieu et gèrent son activité économique. Christelle s’occupe majoritairement de la partie plantes médicinales, tandis que Nico prend en charge le maraichage – de la production à la vente, en passant par la transformation.

Deux types de produits sont vendus :

  • Les produits frais : fruits, légumes et aromates, mais aussi des plants au printemps.
  • Les produits transformés : l’activité de plantes médicinales débouche sur des tisanes, sels aux herbes, baumes, sirops, pesto, etc. Les surproductions et légumes abimés de l’activité de maraichage permettent de produire des ketchup (de tomates, mais aussi de courgette !), confitures, harissa, etc.

Les légumes frais et les produits transformés sont vendus par 3 débouchés.

  • Vente à la ferme – chaque semaine hors hiver + une grosse vente à l’occasion du marché de Noël. Différents producteurs et artisans du coin se réunissent dans la serre. Bilan : environ 1/4 du chiffre d’affaires de l’année !
  • 3 restaurants locaux.
  • Magasins bio – pour compléter, ponctuellement et selon les récoltes.

Produire avec bon sens et pour l’environnement

Tout est réalisé :

  • en bio,
  • sur sol vivant,
  • en manuel quasi exclusivement (juste un tout petit tracteur permet de transporter les récoltes particulièrement abondantes et les grosses quantités de terre ou compost. On est sur un terrain très vallonné !)

Pour gérer la faune qui attaque les cultures, plusieurs méthodes sont mises en place. Globalement, Nico et Christelle font beaucoup d’expérimentations pour réagir du mieux possible à ce qui se présente !

  • Installation de voilages pour empêcher le passage des insectes.
  • Lutte intégrée : on introduit des insectes prédateurs de ceux qui parasitent les cultures à un instant donné.
  • Plantes utiles pour repousser des insectes et ravageurs.
  • Rotation des cultures sur 4 ans.
  • Sélection de graines et variétés résistances.
  • Grande variété de légumes cultivés : ainsi, lorsqu’un champignon ou insecte attaque une culture, les autres récoltes maintiennent le chiffre d’affaires.
  • Planter plus, et accepter la perte !

Différentes cultures pour différents contextes

Chaque espace de culture s’accompagne de ses contraintes et ses opportunités. Sur le terrain de Graines de Buisson, il y avait une grande variété de contextes… Et donc, des zones assez différentes.

  • Un endroit avec très peu de terre en profondeur, car la colline a été aplatie il y a plusieurs décennies ⇒ réalisation de buttes de culture, en lasagne, pour ajouter de la hauteur de sol fertile. Cette zone est réservée aux PPAM.
  • Une terrasse ensoleillée et caillouteuse ⇒ création d’une terrasse provençale, avec des vivaces aromatiques qui se plaisent dans ce type de milieu aride (ici, romarin, thym, sarriette, lavande).
  • Une zone avec une couche d’argile relativement proche de la surface ⇒ les chemins entre les planches sont creusés. Ainsi, l’eau de pluie s’y accumule et s’infiltre progressivement. Les plantes ont été surélevées par ajout de terre végétale.
  • Zones éloignées de la maison ⇒ installation des cultures longues, qui demandent peu d’entretien (courgette, ail, oignons, fraises…).

Immersion dans l’activité de plantes aromatiques et médicinales

J’ai fait mon wwoofing sur la partie plantes médicinales. Récoltes, émondage (séparer les tiges et déchets végétaux des fleurs et feuilles), préparation des tisanes et mise en sachet.

Christelle mène son activité de PPAM sur environ 1 200 m² de planches. Cette surface est divisée parmi une quarantaine de plantes cultivées – vivaces ou annuelles. Origan, marjolaine , thym, romarin, lavande, sauge, livèche, ciboulette, persil, menthe, agastache, tulsi, bleuet, calendula, verveine, sarriette, capucine, estragon, bourrache… Et j’en passe !

La production est complétée par des récoltes de plantes sauvages qui poussent sur le terrain. En particulier : plantain, tilleul, ortie, achillée millefeuille, églantier…

« Je préfère mieux faire ce qu’on fait déjà, que s’évertuer à produire plus. »

Christelle

Chez Graines de Buisson, on porte une grande attention à la qualité des produits ! En maraichage, cela se traduit par le choix des semences : on priorise le gout, pas la productivité.

Dans l’activité de plantes médicinales, cela se traduit par une grande attention à la qualité des tisanes, sur les plans esthétiques, gustatifs et médicinaux. Alors, on récolte au meilleur moment, puis on passe du temps à trier les feuilles les plus belles. On traite les tisanes avec le plus grand soin, pour ne pas effriter les précieuses plantes et mettre en avant les pétales colorés.

« Mes meilleures collègues, ce sont les abeilles ! Quand je les vois butiner le plus, c’est le moment de récolter ». C’est là que les plantes sont les plus aromatiques et gorgées de principes actifs, m’explique-t-elle.

Ici, on ne peut se permettre le luxe du climatoscepticisme

Réagir au réchauffement climatique, qui frappe de plein fouet

Passer du temps dans les fermes, c’est ne plus pouvoir ignorer le réchauffement climatique et les désastres environnementaux en cours. Les seules personnes qui ont encore le luxe du déni, du climatoscepticisme, ce sont les citadin.e.s ou dirigeant.e.s, dans leur tour d’Ivoire. Dans nos/leurs villes de bétons, coupées de la nature et ses aléas.

Les agriculteur.rices, paysan.es, maraicher.ères… Ne peuvent pas l’ignorer. Iels doivent y faire face de plus en plus fort chaque année. La chaleur. Le manque d’eau. Les intempéries imprévisibles. Les surpopulations de tel ou tel insecte ou animal, qui détruisent les cultures.

Nico me partage que « c’est de plus en plus difficile d’anticiper, de se préparer. Les conditions météo sont tellement variables d’une année à l’autre… » Ce qu’il met en place cette pour réagir aux catastrophes rencontrées, ne sera peut-être plus du tout adapté ou nécessaire l’année prochaine… Car une nouvelle problématique prendra le dessus.

Deux paramètres, cependant, semblent bel et bien stables : le manque d’eau et les chaleurs brûlantes en été.

Anticiper le manque d’eau

La gestion de l’eau est un enjeu de taille sur toute la zone Drôme-Ardèche. Chez Graines de Buisson, plusieurs actions sont déjà mises en place.

  • Arrosage en goutte-à-goutte principalement.
  • Différents paillages et couvertures de sol, adaptées à la culture (compost, paille, BRF, toile tissée, etc.).
  • Récupération d’eau de pluie des toitures et serres.
  • Projet d’ajouter une retenue d’eau, remplie en hiver par les pluies.
  • Phytoépuration des eaux de la maison, qui permet d’arroser une des zones du terrain.
  • Choix et sélection de variétés qui demandent moins d’eau, grâce à la production de leurs propres graines les plus résistantes.
Un exemple de structure d’ombrage et arrosage en goutte-à-goutte

Mais cela ne suffit pas encore…

Faire face à la chaleur

Pour s’adapter à la chaleur, le couple a installé des structures d’ombrages au-dessus des plantes de culture : en bois, sur lesquels grimperont des plantes.

Malgré ça, lorsque la chaleur est trop forte, les plantes s’arrêtent tout bonnement de pousser. C’est le repos végétatif. Alors, Nico envisage de revoir complètement son calendrier : commencer une production précoce tôt dans l’année, terminer par une récolte tardive… Et, en juillet/août, arrêter complètement certaines cultures. Il envisage de ne plus s’évertuer à arroser et entretenir des plantes en dormance.

On en est là. À ne plus pouvoir produire de tomates ou de courgettes, à cause de la chaleur.

Graines de Buisson : humblement, vers la résilience d’un territoire

L’agriculture comme engagement territorial

Nicolas me parle de son activité de production de légumes, en un réel engagement pour la résilience territorial. « Le maraichage, c’est pas le plus rentable. On pourrait juste vendre des semences et des plants : ça serait plus facile. Mais on garde le maraichage, car c’est un moyen de repenser l’autonomie locale. C’est notre contribution. »

« L’agriculture paysanne, pour moi, c’est le juste équilibre entre fuir cette société que je refuse… Et la combattre, en construisant autre chose. »

Les plantes médicinales : se réapproprier un savoir essentiel

Je questionne Christelle sur les PPAM : n’est-ce pas un luxe de se soigner avec les plantes ? La priorité pour la survie d’un territoire n’est-elle pas l’alimentation ? Elle m’explique que les plantes médicinales sont un savoir oublié, au profit des lobbys pharmaceutiques. Interdiction du titre d’herboriste, interdiction des « allégations de santé » par les herboristes, liste de seulement 148 plantes « libérées » et autorisées à la vente (les autres seraient-elles donc leur propriété ??)… À croire que les plantes renferment un pouvoir, que certain.e.s veulent cacher.

Pris dans le système, on crée une dépendance aux médicaments, aux professionnels de santé. Même pour des petits maux que nos grands-parents savaient soigner facilement.

Ne lisez pas ce que je n’ai pas dit : les plantes ne remplacent pas tout, et la médecine allopathique reste indispensable dans bien des cas. Mais pas tous. Et puis… quand le système médical deviendra un luxe, il sera indispensable de revenir à ces habitudes autonomes. Travailler sur un projet de PPAM, c’est se réapproprier ces savoirs localement, permettre à chacun et chacune de reprendre en main sa santé, avec de bons produits.

Christelle chez Graines de Buisson prépare sa tisane médicinale avec attention

Les populations rurales, fidèles au supermarché !

« En allant à Lyon, ce qui m’a marqué c’est que c’est plus facile de trouver de bons produits en ville, qu’à la campagne, là où ils sont produits ! », me raconte Nico.

En effet, les habitants et habitantes en zones rurales n’ont pas facilement connaissance des ventes à la ferme aux alentours. Il n’y a pas de magasin bio ou de marché hebdomadaire. Alors, iels prennent l’habitude de faire les courses dans le supermarché du coin.

Consommer local, à la campagne, trop souvent, ça doit être une démarche proactive et volontaire du consommateur… Donc, qui reste en marge.

Nico et Christelle ont une réelle démarche pédagogique auprès de leur voisinage : expliquer la démarche, inviter à la vente à la ferme, etc. Changer les habitudes, ça peut être long ! Alors, le couple s’inscrit dans la dynamique du territoire, pour la soutenir et y planter des graines bio : engagement comme conseiller municipal, participation aux événements du village, partenariats avec d’autres activités paysannes ou artisanales locales, etc.

L’aventure continue ! Découvre mes autres immersions en écolieux, mes découvertes et émmois à travers les articles que j’écris à chaque étape. Prochain arêt : la Pépinière des Alvéoles, référence en permaculture et gestion de l’eau.

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