Immersion à La CasBa – écolieu en Bourgogne, collectif et militant

La Caserne Bascule, écolieu d'accueil militant, couverture de l'article

Pendant 3 mois, de septembre à décembre 2023, je pars à la découverte des écolieux de France. Munie de mon sac à dos, de mon pouce (pour faire de l’auto stop !) et de mon plus beau sourire… Je voyage pour m’immerger dans la vie en collectif. Dans ces projets qui expérimentent de nouveaux modèles de société. Et j’écris, pour vous partager ce que je découvre, ce que j’apprends sur la route…

Mon premier arrêt : La Caserne Bascule ! C’est un projet associatif permettant la rencontre, la coopération et l’évolution d’individu.e.s et de collectifs. L’initiative se matérialise avant tout par un lieu, situé à Joigny en Bourgogne, et un collectif avec un fort ancrage territorial.

Je vous emmène dans mon sac à dos, découvrir plus en détail ce lieu.

🙋‍♀️ Mon voyage a commencé ici, avec la peur du départ et le trajet en autostop.

Je glisse des émojis dans l’article pour que tu ne manques pas les plus beaux apprentissages :

💡 Une bonne idée à tester !
☀ Un principe clé de réussite.
📗 Une ressource à creuser.

Présentation de l’éco lieu : La Caserne Bascule, à Joigny (Bourgogne)

La Casba, en un coup d’oeil

La Caserne Bascule, c’est un projet bénévole et associatif axé sur l’engagement et la coopération.

Concrètement, c’est :

  • un lieu d’accueil autogéré (faisant partie de l’archipel de la Bascule) ;
  • une communauté apprenante, axée sur le soin de ses membres et l’expérimentation d’autres modes de vie ;
  • un lien fort avec l’écosystème local, à Joigny, avec pour objectif de contribuer à la résilience du territoire.
Facilitation graphique pour résumer la raison d'être de la Caserne Bascule
Des adhérents et adhétentes de la Casba, en cercle devant le batiment

La Bascule, c’est quoi ?

📗 La Bascule est un mouvement citoyen né en 2018 à Pontivy, qui s’est progressivement essaimé.

Sa raison d’être, résumée en quelques mots : « Faire vivre dès aujourd’hui un futur désirable et joyeux ».

En 2023, la Bascule c’est 3 lieux (constituant l’archipel, dont la Caserne Bascule) et 3 collectifs :

  • Fert’îles, école de la coopération ;
  • Milpa, école de permaculture ;
  • Bordeaux Bascule, un collectif de sensibilisation.

Infos clés sur cet habitat participatif et associatif

Nom : La Caserne Bascule (Casba pour les intimes).

🧭 Raison d’être : Permettre la rencontre, la coopération et l’évolution d’individu.e.s et de collectif.

📍 Localisation : Joigny, en Bourgogne.

📅 Année de création : le lieu a ouvert en juin 2021. Cependant, il s’inscrit dans l’archipel de la Bascule (avec ses outils, sa culture, son histoire), né en 2019.

👥 Nombre de personnes : 12 personnes habitent à l’année + des résident.e.s temps longs (6 en moyenne, restant quelques mois) + une forte activité d’accueil : 90 nuitées par mois.

🏡 Exemples d’espaces : le bâtiment comporte une multitude de pièces thématiques. C’est très riche au quotidien de savoir exactement où aller pour nourrir telle ou telle énergie, faire telle ou telle activité, etc. Quelques exemples :

  • une salle créativité,
  • un coin chill,
  • une free-shop (magasin gratuit),
  • une pièce de coworking,
  • un studio de musique et enregistrement (100 % d’occasion !),
  • un potager en permaculture,
  • un espace d’emprunt (chaussons, pulls, livres, etc. mis à disposition pour les gens de passage et habitant.e.s du lieu),
  • une déguiserie (des costumes à enfiler pour les soirées, les jeux, ou toute autre occasion !),
  • etc.

🛌 Opportunités d’accueil :

  • participation aux événements et immersion régulièrement organisées sur le lieu ;
  • hébergement pour quelques jours ou quelques semaines à prix libre et conscient ;
  • résidence de plusieurs mois, sur candidature.

💰 Modèle économique : bonne nouvelle, le projet est viable économiquement !

  • Le projet est entièrement bénévole.
  • Les dépenses sont limitées, en accord aussi avec les engagements environnementaux du lieu (récupération d’invendus alimentaires, achats d’occasion et réemploi, aide du maraîcher voisin contre des fruits et légumes moins chers, etc.)
  • Les entrées d’argent sont basées principalement sur l’accueil de groupes. Chaque personne passant à la Caserne Bascule – pour une semaine, une nuit ou juste un repas – reverse une participation consciente. C’est-à-dire la contribution financière qui lui semble juste, en conscience de ses revenus personnels, la valeur reçue, et les besoins de l’association. A titre indicatif, la Casba a estimé le prix d’un repas à 3 ou 4 €, et d’un séjour (hébergement et repas) à 10/15 € par jour.

Photo d'un couloir de la Casba, avec des peintures au mur

💡 L’idée à emporter :
Les murs sont couverts de dessins, citations inspirantes… Et des posters de facilitation graphique ! Ces affiches expliquent, en quelques mots et quelques visuels, le fonctionnement du lieu, d’une pièce, les valeurs d’un projet, un principe d’écologie plus large, etc. Ainsi, on adopte rapidement les bonnes pratiques du bâtiment et du groupe.

Hola, qui va là ?

La Casba, c’est un lieu qui brasse du monde.

4 types de personnes y circulent.

👤 Les géographes, qui vivent ici à l’année.
👤 Les Résident.e.s Temps Longs (RTL), qui restent quelques mois.
👤 Les gens de passage, qui restent quelques heures à quelques jours, pour visite ou événements.
👤 Les Ami.e.s, qui habitent Joigny mais pas la Casba.

Au total, on compte en moyenne 20 co-habitant.e.s (géographe + RTL) ; 50 à 100 personnes de passage chaque semaine, et 90 nuitées par mois.

L’impact écologique et social de l’éco lieu

Les actions associatives de la Casba : résilience du territoire

La Caserne Bascule est particulièrement active sur Joigny et ses alentours. En effet, la résilience se travaille à l’échelle du territoire entier – pas seulement sur le lieu !

Les actions naissent et s’entretiennent selon les volontés individuelles et collectives. Pas de plan sur la comète, d’idées que personne ne prendra en charge. Un.e adhérent.e est motivée pour lancer un projet ? Iel peut se lancer, sur confirmation de 3 géographes. Une opportunité se présente ? On voit en premier lieu si des personnes ont l’envie et l’énergie de s’en emparer. Résultat ? Les idées fusent, et les projets se multiplient !

Exemples d’actions sur le territoire : Joigny et alentours (89)

  • Création et co-animation d’un café associatif : Le Café Perché. Ouvert 3 jours par semaine pour des concerts, des ateliers de théâtre, etc. En moins d’un an, le lieu compte déjà plus de 600 adhérents.es !
  • Animation d’ateliers de sensibilisation (exemple : 📗 Fresque du Climat, Fresque des Résistances, Atelier 2 tonnes, Marche du Temps Profond, etc.). Sur l’exercice 2022/2023, 240 élèves ont été « fresqués ». En 2024 ? L’objectif est d’animer la Fresque du Climat auprès de tous les élèves de 1ere.
  • Stands de présentation de la Casba – dans le cadre de festivals, événements, etc.
  • 💡 Projet “Les mains dans la Terre” : chaque semaine, les membres de la Casba aident une ferme voisine, en échange de légumes à prix mini.
  • Récupération d’invendus à la suite d’événements ou auprès de maraîchers.
  • Autres actions, selon les opportunités qui se présentent et les partenariats. Par exemple, une discosoupe un jour où leur maraicher avait de nombreux invendus. Ou encore, une marche de ramassage des déchets en 2023, organisée avec le Syndicat des déchets et Wings of the Ocean.
Une rue de Joigny, Bourgogne

Exemples d’actions dans la Caserne Bascule

  • Organisation d’un festival à destination des habitant.e.s du territoire proche : Joie-Nid dans le square ! Made in Joigny et pour Joigny ! En 2023 se déroulait la 2e édition de l’événement… Une réussite : 800 personnes accueillies (contre 300 à la 1e édition), 40 bénévoles, 50 artistes, 20 partenaires. Rien que ça !
  • Accueil de formations, par exemple autour de la coopération et la facilitation (avec l’association 📗 Fert’Îles). Après 2 ans, plus de 50 collectifs sont déjà passés par la Casba – pour des formations, seminaires, résidences d’artiste, etc.
  • Accueil d’écoles, pour des visites et ateliers thématiques.

Résultat, c’est une véritable dynamique économique et attractive qui se tisse autour de la Caserne Bascule. Une dynamique largement appréciée et félicitée par le Maire de Joigny – présent à l’AG de l’association. En 2023, après seulement 2 ans de projet, 27 personnes ont emménagé à Joigny après avoir découvert la Casba. Des personnes qui travaillent maintenant dans des initiatives engagées du territoire (CEC, école Être, convergence des possibles…), ou d’ailleurs en France.

La sobriété et l’habitat collectif : ça marche, niveau bilan carbone ?

Le collectif engagé pour réduire l’empreinte carbone : ça marche, et même très bien ! La Casba, c’est aussi un lieu pour expérimenter de nouveaux modes de vie, de consommation, de partage… Et diffuser ce qui marche.

En 2023, 2e année d’activité, les membres du projet ont calculé le bilan carbone de l’année précédente… Pour l’améliorer l’année suivante. Tout en gardant la conscience, évidemment, qu’il y a bien plus que le carbone dans les enjeux environnementaux et sociaux.

En prenant en compte les déplacements (dont ceux des visisteur.euse.s), les achats, l’alimentation, la consommation énergétique du lieu, etc. Le bilan carbone de la Caserne Bascule s’élève à 62 tCO2e. C’est l’empreinte de 6 Français.e.s… Alors qu’en moyenne, 19 personnes habitent à la Casba, auxquelles s’ajoutent des activités d’accueil. Bon score !

Les postes d’émissions CO2 :

  • Le poste majoritaire : les déplacements. La majeure partie des visiteur.euses viennent en train… Mais il y a beaucoup de monde, donc, ça chiffre !
  • Vient ensuite l’énergie. Le chauffage (et les cuisinières) fonctionne au gaz naturel. A noter, l’hiver 2022/2023 a été marqué par… Le plan hiver ! Plusieurs mesures ont permis de réduire de 30 % la consmmation d’énergie, par rapport à l’hiver précédent. En particulier ? Une température maximale de 16 °C dans les bâtiments. 💡 Le confort de vie a été maintenu grâce à des “bibliothèques” de prêt d’objets cocooning : pullothèque, pantouflète, bouillothèque, etc.
  • Une autre réussite à souligner : l’empreinte carbone de l’alimentation. Elle équivaut aux émissions de 2,5 Français.e.s… Toujours pour 19 personnes habitant sur le lieu ! 💡 Pour cause : un régime quasi-entièrement végétarien (sauf récupération d’invendus), aucun achat de produits transformés, des achats en grosses quantités pour réduire les déchets, des fruits et légumes de saison auprès des maraîchers, etc. Le podium des aliments restants les plus émissifs : la bière, le beurre, puis le café. Pas sure qu’ils seront bannis ;).

Bilan de mon séjour à la Caserne Bascule

Les pépites, les meilleures idées… Et bien plus !

Je glisse aussi des émojis dans l’article pour que tu ne manques pas les plus beaux apprentissages :

💡 Une bonne idée à tester !
☀ Un principe clé de réussite.
📗 Une ressource à creuser.

Pourquoi j’ai voulu visiter la Caserne Bascule ?

Cet écolieu appartient à l’archipel de La Bascule. C’est un mouvement avec une forte culture :

  • de coopération ;
  • d’expérimentation d’autres modes de vie ;
  • d’engagement associatif et militant ;
  • d’ancrage local pour soutenir la résilience du territoire.

Ce sont des valeurs qui me parlent beaucoup et que j’avais particulièrement envie d’explorer !

Par ailleurs, c’est un lieu avec de forts enjeux humains, et beaucoup d’outils mis en place. En effet, on compte une vingtaine de personnes qui y habitent et 100 personnes hébergées par mois. Un magnifique laboratoire du collectif et de la coopération.

Exemples de collectifs passés à la Caserne Bascule : différentes associations de Fresque, Fert'Iles, etc.

Bilan : mes 3 principaux apprentissages

Voilà mon top 3 de ce que j’emporte avec moi de la Caserne Bascule, pour le diffuser et le nourrir.

  • La culture de la joie, du rire, de la convivialité, du faire ensemble pour tout embellir et tout rendre possible. Du ménage aux réunions, à la Caserne Bascule, on fait tout dans la bonne humeur ! Toutes les émotions sont bienvenues, et ce n’est pas incompatible. Mais il y a cette culture partagée et incarnée du plaisir d’être ensemble… Et de ne pas se prendre trop au sérieux. On se déguise, on invente des traditions farfelues, on joue, on peint les murs, etc.
  • ☀ Le lieu n’est finalement pas si important ! Pas prioritaire en tout cas. La priorité, c’est le groupe et sa raison d’être. Éventuellement, trouver un territoire soutenant (politiquement, et par les acteur.rices déjà présent.es). Alors, tout est possible. Un bâtiment, ça se refait, ça se décore, ça s’habite. Mais un groupe, ça ne se répare pas toujours. Le bâtiment de la Casba n’est pas si beau. Le terrain, pas très pratique pour de la permaculture. Pourtant, ça marche, et c’est même magique. Je repars donc avec la conviction qu’un groupe, unit derrière une même raison d’être, et nourrissant une culture commune… Rendra tout possible, sur n’importe quel lieu – ou presque. Alors qu’un groupe aux aspirations différentes ou sans engagement pour la vie en collectif, même avec un super lieu… Ca ne donnera rien !
  • ☀ C’est inspirant, même rassurant de voir comme un tel projet peut se mettre rapidement en place. Avec les bons ingrédients : un groupe réunit par une raison d’être claire et partagée, une culture de l’action (de l’idée, on passe à la mise en oeuvre) et du faire ensemble, de la convivialité. Avec un soutien politique local aussi. Ca avance. Ca marche. Et c’est impressionnant.

Témoignage jour par jour de mon immersion à la Casba : le collectif activiste, intensément

12/09 – Systèmes d’oppression et activisme

Cette semaine, la Caserne Bascule accueille et anime une immersion pour des étudiant.e.s Erasmus. Une quinzaine de personnes d’Europe se sont réunies dans ce lieu insolite de Bourgogne pour parler… D’activisme.

Chaque jour, des activités, jeux et réflexions sont proposées autour de cette thématique.

(Petite note complémentaire : j’étais ravie d’apprendre que le programme rembourse les trajets, à condition qu’ils n’incluent pas d’avion ! Les jeunes ont donc pris le train, souvent avec 📗 le pass Interrail, permettant de voyager sur de longues distances pour peu cher à travers l’Europe).

Nous avons eu l’occasion de participer à une Fresque des Résistances.

📗 Outil : La Fresque des Résistances est une activité ludique et pédagogique, inspirée de la Fresque du Climat. Elle fait le point sur les différents systèmes d’oppression à l’œuvre dans notre société… Et les moyens d’y résister.

Photo de la fresque des résistances terminée

Heure après heure, nous avons creusé différents types d’activisme, différentes oppressions… Et surtout, les liens complémentaires entre elles et eux.

☀ Moralité : chaque personne peut trouver le type d’activisme et de cause qui lui tient le plus à cœur. Agir ici permettra de déconstruire le modèle de domination dans son ensemble, grâce aux actions complémentaires de toutes les personnes engagées.

Et donc ? Fini la culpabilité de ne pas faire assez, ne pas s’engager sur toutes les causes, ne pas être assez sur le front et dans la lutte… Rien ne sert de tout faire : il faut partir sur l’activisme qui te convient !

💡 Lire l’article complet sur l’activisme et les systèmes d’oppression : Activisme, j’ai l’impression de ne pas en faire assez !

13/09 – L’éco anxiété à travers l’Europe

Aujourd’hui, nous avons fait un cercle de parole sur l’éco anxiété.

Avec des personnes venues de toute l’Europe… Nous partagions ce même trou béant dans la poitrine, cette même peur teintée de colère.

Nous ne partageons ni la culture, ni l’origine… Mais sommes lié.e.s par nos convictions. Notre urgence. Notre envie d’agir et de trouver notre place dans cette transformation sociétale.

Nous ne partageons ni la langue ni les codes… Mais nous nous émerveillons tout autant de la nature qui s’étend sous nos yeux.

Nous ne partageons pas notre entourage, mais faisons trop souvent face à la même incompréhension, les mêmes anecdotes capitalistes qu’on ne voudrait plus entendre.

Et ici, nous avions enfin un espace pour en parler. Poser des mots, des émotions. Laisser jaillir, sortir.

C’était dur. C’était intense. Et d’une certaine manière, c’était aussi tellement… Apaisant, rassurant.

De se sentir normale dans ce ressenti. De voir qu’à travers l’Europe, nous sommes les émissaires de la nature, de la lutte contre les oppressions. A travers l’Europe, nous voyons le problème, l’urgence. A travers l’Europe, nous nous rassemblons, pour lutter, pour proposer…

Et d’une certaine manière, ça donne espoir.

14/09 – Les individus, garant.e.s de maintenir la culture et les traditions du groupe

C’est assez impressionnant de voir comme les individus tiennent un projet, sa culture et ses traditions. Bien plus que le lieu ou son historique.

Il y a certaines choses, certaines habitudes, qu’on n’écrit pas. Comme des évidences partagées par les membres du groupe. Des traditions qui se perpétuent par les individus… Et qui sont ciment du groupe.

Sauf que, ces petits riens qui font culture, ces petits détails écrits nulle part… Ne tiennent qu’à un fil.

Cette semaine, il se trouve qu’il y a :

  • assez peu “d’ancien.nes” de la Casba,
  • un groupe de nouvelles personnes venues pour un séminaire.

En fait, les habitué.e.s des lieux sont en minorité. Alors, les traditions se sont perdues… Pas de 💡 flash info quotidien (un temps le midi, lorsque tout le monde est rassemblé à table, destiné à transmettre les infos et actus du lieu, les propositions d’activités, les besoins, etc.), pas d’applaudissement des volontaires pour les tâches du jour, etc.

Et en même temps, comment attendre des personnes qui découvrent le lieu et n’étaient jamais venues, de connaître et perdurer ces traditions ?

Seules les quelques personnes habituées des lieux savent qu’il manque quelque chose… Et c’est pour ça que la culture d’un groupe tient parfois à un fil.

15/09 – Et l’intimité, alors ?

La Casba, c’est un lieu où tout est très collectif et partagé. L’adaptation m’a pris quelques jours — et je ne suis pas sûre que j’aurais l’énergie sociale pour y vivre. Les douches et toilettes sont partagées, les chambres aussi pour les visiteur.euses, le bâtiment doit être traversé pour accéder à la cuisine… Bref, difficile de ne pas croiser du monde !

Quand on ajoute à cela l’accueil quasi constant de personnes et de groupe : on peut atteindre une limite sociale ! L‘ouverture du lieu, ça utilise beaucoup de ressources personnelles et peut être challengeant. Certain.es habitant.es de la Caserne Bascule ont déménagé pour vivre dans Joigny, donc retrouver leur intimité tout en restant à proximité du projet. Lors de certaines périodes, avec beaucoup de groupes reçus, les tours de météos des géographes semblent tinter d’un même son de cloche : la fatigue. Les auges sociales étaient vidées.

Un réflexion a donc été lancée.

☀ Ici, comme partout, il y a un équilibre à trouver entre :

  • mutualisation, accueil extérieur et vie communautaire
  • ET intimité, espaces privés et temps solitaires.

Bref, un équilibre entre le collectif et l’individuel. Mais aussi, entre l’habitation (le collectif “restreint” aux habitant.e.s du lieu) et l’ouverture extérieure.

La gestion de la jauge sociale de chacun.e passe aussi par une culture commune de soin : inviter à savoir identifier en soi le besoin de lien ou au contraire de retrait, valoriser l’écoute de soi, accepter (voire encourager) les temps de retrait, etc. C’est une responsabilité individuelle, mais aussi collective.

💡 Par ailleurs, des outils et un cadre peuvent soutenir cette culture de soin de la jauge sociale. A la Casba :

  • Bracelet du non : je le porte quand j’ai trop de projets, ou pas de disponibilité pour m’engager. J’indique ainsi aux autres de ne pas m’en proposer.
  • Possibilité de communiquer sur le groupe d’échange en ligne un besoin de retrait ou repos.
  • Semaine balisée. Récemment, le collectif a adopté un nouveau calendrier. 2 semaines par mois d’ouverture et d’accueil, 1 semaine balisée sans aucun accueil extérieur (recentrage sur les co-habitant.e.s), 1 semaine orientée implication sur le territoire, et adaptable selon l’énergie du groupe.
  • Un autre outil possible est le brassard d’invisibilité : quand je le porte, je signale aux autres que je ne souhaite aucune interaction sociale ou physique. (Pas en place à la Casba, mais je l’ai découvert lors des 📗 Rencontres Nationales de Permaculture)

16/09 – Le ménage, ça se passe comment à la Caserne Bascule ?

Aujourd’hui, c’est grand nettoyage !

Mais pas n’importe comment. Ici, le nettoyage, comment beaucoup de choses, c’est collectif et surtout… C’est fun !

💡 Les règles sont simples :

  • 1 h de ménage, pas plus, pas moins. Au bout d’une heure, on arrête, même si ce n’est ni parfait, ni fini.
  • Chaque personne prend un espace à nettoyer.
  • Le ménage n’est pas fini tant que tout le monde n’a pas fini le ménage. Quand on a fini, on va aider les ami.e.s !

La ruche se met en action… Et, en une heure, la Casba connait une véritable de transformation !

Participer à ce temps m’a permis de mettre le doigt sur un secret de réussite de la Caserne Bascule.

☀ Ici, il y a une véritable culture de gamification et de plaisir : on ajoute du fun, de la convivialité soutenante, dans le quotidien comme dans les tâches ! C’est quand même plus drôle comme ça. Et c’est une véritable coutume, qu’on retrouve partout. Même dans l’Assemblée Générale de l’association, qui se déroule dans quelques jours. Pour l’occasion, les géographes (porteur.euses du projet) organisent… Une Assemblée Géniale ! 3 jours de fun, de fête, autour du bilan de l’AG et du rêve collectif pour la suite.

17/09 – Entraide sur le territoire et ancrage territorial

Aujourd’hui, j’ai assisté à la rencontre d’une habitante de la Casba avec un projet engagé du territoire : une ferme de plantes médicinales. Ça m’a permis de voir, et de confirmer, combien l’ancrage territorial passe par le lien interpersonnel !

L’habitante a imaginé plein de synergies avec des personnes qu’elle connaissait, des projets du territoire. Elle a recommandé des contacts, des initiatives, des événements, etc. Bref : elle a planté de nombreuses graines pour faire des ponts entre la Caserne Bascule et cette herbaliste. Le tout, enveloppé de sourires, de bienveillance, de curiosité joyeuse et de soutiens sincères. En quelques heures, en une visite, le lien était né.

☀ Alors, j’ai compris combien c’était une ressource essentielle, pour l’implantation d’un écolieu, d’avoir quelqu’un capable de tisser ce genre de lien, d’identifier les potentielles synergies entre les projets et de connecter les bonnes personnes entre elles.

Quant à moi, je suis bien intéressée pour expérimenter le quotidien d’une productrice de plantes médicinales… Je vais peut-être bien être le premier pont concrétisé entre les deux projets ! Les prochains jours sont donc rédigés dans un article dédié au Colombier Vert.

22/09 – La preuve que l’autogestion, ça marche !

La Caserne Bascule fonctionne en autogestion.

C’est-à-dire que pour les tâches du quotidien, il n’y a pas de responsable, pas de hiérarchie. La cuisine, la plonge, le rangement… C’est la conscience collective et la responsabilité de chacun.e qui assure que tout soit fait, en temps et en heure.

Concrètement, comment ça marche ? 💡 Il y a un tableau des tâches affiché entre la cuisine et la salle à manger. Chaque personne s’inscrit sur les tâches qu’iel s’engage à assurer. Le tout, en bonne intelligence : en trouvant l’équilibre entre prendre soin de soi et son énergie, tout en s’assurant que les besoins collectifs soient comblés.

Et ici, l’autogestion… Ca marche particulièrement bien ! Car les tâches sont assurées depuis 2 ans maintenant, avec en moyenne une vingtaine de personnes qui habitent sur le lieu + les groupes et personnes accueillies. Ca marche donc malgré la multitude de personnes de passage – qui découle sur une difficulté à ancrer des habitudes communes, et des standards pour le rangement par exemple. À noter que les visiteurs et visiteuses aussi participent à l’autogestion – une réussite qui se célèbre !

Mais alors, c’est quoi le secret de la Casba, pour que ça marche si bien ? Au-delà d’un tableau des tâches bien clair, placé à un endroit de passage… ☀ Cette réussite de l’autogestion est probablement due à la culture collective. Les personnes vivant ici mènent une transition intérieure, à laquelle s’ajoute l’utilisation d’outils de coopération connus de toustes. Ces outils sont partagés par Fert’îles, une école itinérante appartenant aussi à l’écosystème de la Bascule. Ce cocktail crée un combo gagnant : la conscience collective des taches à faire, et la responsabilité individuelle face à ça.

23/09 – De l’Assemblée Générale… A l’A Géniale

J’ai eu l’occasion de participer à l’Assemblée Générale (AG) de la Casba… Ou plutôt, l’Assemblée Géniale ! Car oui : alors que la plupart des associations peinent à réunir une dizaine d’adhérent.e.s pour leur AG, la Caserne Bascule en fait un réel événement fédérateur.

Pendant 1 week-end, la Casba était pleine à craquer : 70 personnes en moyenne. Chacun.e pouvait partager ses passions, proposer des ateliers : danse, yoga, dessin, performance de musique, diffusion de film, etc. Le continuait à fonctionner en auto-gestion — et d’une fluidité impressionnante compte-tenu le nombre de personnes à nourrir.

Et au milieu de tout ça :

  • 2 h pour l’AG de l’association — tout en fun et convivialité.
  • 2 h pour rêver le futur de la Casba — en mode intelligence collective.

J’ai été marquée par ce moment magnifique. De plusieurs manières.

  • J’en retiens déjà cette culture casbaienne d’ajouter de la convivialité et du rire, partout et pour tout. Du ménage à l’assemblée générale, on passe de bons moments. Et ça change tout, en termes d’implication, de cohésion de groupe ou encore de soin des membres du collectif… Donc, de pérennité du projet.
  • J’ai été impressionnée par l’ensemble des actions réalisées par le collectif Casba, seulement 2 ans après son lancement. Impressionnée… Et rassurée, au fond. De voir que ça peut aller vite, de la rénovation des lieux à l’implantation dans le territoire et la cohésion du groupe. ☀ La mayonnaise prend quand on y met les bons ingrédients : un groupe réunit par une raison d’être claire et partagée, de bonnes énergies, une culture de l’action… Et le soutien politique local.
  • Enfin, j’ai été touchée par la présence du maire de Joigny, Nicolas Soret, à l’AG de la Casba. Collier à fleur autour du cou, pour se fondre dans un groupe tout déguisé et festif. Son discours, mais aussi sa posture envers les géographes, était claire : je suis derrière vous et avec vous. “Votre présence est très importante pour moi et pour la ville”. En 2021, Monsieur le Maire mettait le bâtiment à disposition du collectif, avec une demande : aidez-moi à retrouver le territoire et e dynamiser autour de la transition. En 2023, le constat est sans appel : la Casba réunit de nombreuses personnes engagées pour faire bouger le territoire, noue de nombreux partenariats locaux, crée une nouvelle dynamique économique autour des valeurs de la transition… C’était émouvant de voir la rencontre entre le monde politique et l’engagement associatif, entre l’officiel et l’informel qui incarne de nouveaux récits. Emouvant, et prometteur.

24/09 – L’intelligence collective et la joie, au service des transitions

L’intelligence collective. La richesse du groupe. Voilà une notion qui m’aura aussi marquée ce week-end.

Le dimanche, nous avons mis les ressources de 70 personnes au service d’un atelier « rêve la Casba ». 💡 Par petits groupes, on circulait parmi différentes affiches thématiques : ancrage territorial, lutte contre les oppressions, améliorations de l’impact environnemental, évolution du bâti et du lieu, etc. On échangeait, on ajoutait des idées, on complétait les précédentes, avant de passer à l’affiche suivante. Résultat, dans la légèreté et la bonne humeur, en seulement 2 h nous avons réuni de nombreuses idées – des plus loufoques aux plus actionnables.

Et puis, tout au long du week-end, cette mélodie soufflait dans les couloirs, entre les lignes et les regards : Tout est possible quand on est ensemble.

Là, dans cet ancien bâtiment militaire, repeint de mille couleurs et mille espoirs… Il y avait tellement de compétences réunies, offertes et mises en commun. Techniques, artistiques, relationnelles ; en transmission, démonstration performance. Tellement de bonnes énergies aussi, de convivialité et de joie. De bienveillance, d’écoute et de co-responsabilité. Le tout de manière très fluide – programme, auto gestion, déroulement des ateliesr…

☀ C’était beau. Beau de vivre ça. Beau de faire un pas de recul pour constater la richesse et la lumière qui émane de ce groupe. Beau aussi, de voir que toutes ces personnes, militantes, engagées et conscientes des enjeux du monde… Créent, partagent et vivent tant de joie. S’en nourrissent, pour continuer à avancer. A résister. A construire.

Tout est possible, quand on est ensemble.

Continue à suivre mon voyage à la rencontre des différentes manières de vivre et créer en collectif ! Prochaine destination : La Ferme du Suchel !

2 commentaires sur “Immersion à La CasBa – écolieu en Bourgogne, collectif et militant”

  1. Bonjour, j’habite Joigny depuis 13 ans , j’ai énormément apprécié l’arrivée des « géographes » l’idée est tellement BELLE.
    Ma santé ne me permet pas de participer comme j’aimerais.
    je suivrai avec grand plaisir la suite de votre étude !
    Bonne route, J.MARTIN-LIDON

    1. Bonjour Jaqueline, merci beaucoup pour votre lecture enthousiaste et votre commentaire ! Contente de voir, encore et encore, combien les géographes influent sur les personnes autour de Joigny !

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