Je vous partage mon expérience à l’Abbaye de Saint-Antoine, un écolieu communautaire et spirituel dans l’Isère. J’ai adoré découvrir ce collectif créé en 1987 : un héritage riche d’évolutions et d’apprentissages !
🙋♀️ Cette immersion s’inscrit dans un voyage à la découverte de différents écolieux en France. Juste avant, j’étais chez Graines de Buisson, ferme de maraîchage et plantes médicinales.
Je glisse des émojis dans l’article pour que tu ne manques pas les plus beaux apprentissages :
💡 Une bonne idée à tester !
☀ Un principe clé de réussite.
📗 Une ressource à creuser.
Nom : L’Arche de Saint-Antoine
🧭 Raison d’être : Une maison d’accueil, animée par une communauté vivant sur place, dont la direction de vie est la non-violence comme philosophie et outil de transformation de soi et de la société.
📍 Localisation : Saint-Antoine l’Abbaye, Isère.
📅 Année de création : L’Arche de St-Antoine fait partie de la communauté internationale de l’Arche — Non-Violence et Spiritualité, fondé en 1948 par Lanza del Vasto. L’Abbaye de Saint-Antoine est reprise en 1987, par un groupe de 13 adultes et 11 enfants, issus d’un autre lieu de l’Arche. Ils et elles vont réaménager les lieux, innoccupés depuis 14 ans, pour permettre rapidement de remplir leur première mission : l’accueil.
👥 Nombre de personnes : une cinquantaine de personnes vivent ici, sur le moyen (quelques mois) ou long terme (plusieurs années).
🏡 Exemples d’espaces : bibliothèque, braderie (prêts et dons de vêtements), chapelle (où se déroulent les temps de méditation et d’office chrétien), jardin médicinal, verger et potager, différentes salles pour accueillir des temps communautaires et des stages de l’extérieur, parquet de danse, hôtellerie avec 99 chambres…
🛌 Opportunités d’accueil : stage communautaire (similaire au wwoofing), stage libre (en gîte), participation à un stage ou formation accueilli à l’Arche.
💰 Modèle économique : location des salles et de chambres en pension complète, pour l’accueil de stages, de formations ou nuitées en gîte. Les habitant.e.s du lieu y travaillent toustes.
💡 L’idée à emporter : la place de la spiritualité au quotidien. Par exemple, le matin, les membres de la communauté se retrouvent pour la salutation de la paix. Un simple geste pour rencontrer et accueillir chaque personne présente. Autre exemple : régulièrement, une cloche sonne. Alors, tout s’arrête. Les paroles, les mouvements, l’urgence intérieure. On s’arrête un instant pour respirer et revenir au moment présent… Je vous raconte plus en détail une journée type dans le journal de bord, au 23 octobre !
La vocation de l’Arche de Saint-Antoine se décline en 5 axes.
Au quotidien, différents principes donnent vie à ces vocations, tels que :
La communauté de l’Arche expérimente la gouvernance partagée depuis les années 50’ – à une époque où elle était beaucoup moins connue, documentée, explorée et acceptée qu’aujourd’hui. C’était même radicalement novateur, et d’autant plus dans le milieu religieux dans lequel s’inscrit l’Arche. Je trouve passionnant de revenir sur 70 ans d’expérimentation de la gouvernance partagée, voir les valeurs fondatrices et l’évolution du fonctionnement dans le temps.
Historiquement, l’Arche de St-Antoine prenait ses décisions à l’unanimité. C’est-à-dire que chaque personne engagé·e·s pouvait s’exprimer, jusqu’à trouver une décision commune, pour laquelle tout le monde était d’accord. Et ce, pour les sujets structurants, comme pour les décisions du quotidien ! En 2005, la communauté intègre des changements profonds de sa gouvernance. En particulier, les décisions structurantes sont maintenant prises au consensus : la décision est prise même si certaines personnes s’abstiennent ou ne s’expriment pas. Certaines décisions peuvent alors être prises en groupes réduits, par des personnes mandatées (c’est-à-dire qu’on leur a accordé la confiance de décider et agir, sur un périmètre donné) : ce sont les commissions.
“Notre vie communautaire est vécue dans un esprit de service et de partage, et soutenue par un rythme communautaire qui allie des temps de travail, des temps spirituels, le partage des repas et de soirées, […], des cercles de parole, le chant, la danse, les fêtes…” Texte affiché à l’Arche de Saint-Antoine.
La communauté de l’Arche accorde beaucoup d’importance au soin. Soin des relations, des individus, des lieux, etc. Plusieurs rituels incarnent cette valeur. Cela soutient la pérennité du projet, mais aussi les transformations personnelles et sociales défendues dans la raison d’être.
« La communauté, c’est trois manières de conjuguer le verbe être : je suis, tu es, nous sommes. » Charles Legland, 1990
Au moment de mon voyage, une nouvelle génération se faisait de plus en plus entendre par les habitant·e·s de longues dates. Ainsi, certaines traditions ou habitudes évoluent progressivement, permettant au collectif de rester “dans l’air du temps”, tout en conservant son identité et ses valeurs. Lors de mon séjour, c’est l’égalité femme/homme et l’inclusivité du lieu qui étaient en pleine transformation. Un challenge, où l’équilibre est aussi important que difficile à trouver ! À quel rythme évoluer ? En commençant par quoi ? Comment impliquer en emmener toute la communauté dans ces évolutions ?
« Deux attitudes sont vitales :
Au cours de mon séjour, j’ai écouté différents témoignages de personnes qui viennent et reviennent à l’Arche. Chacun, chacune a ses raisons intimes, son chemin de vie qui l’amène à séjourner à l’Abbaye. Chacun, chacune trouve au cours de son passage, l’un ou l’autre de ces trésors :
Pour trouver ça, certaines personnes s’engagent toute une vie, tandis que d’autres passent quelques jours.
“Nous avons choisi une vie simple, de partage et d’approfondissement spirituel. Cet engagement constitue à la fois un outil de transformation de soi, et un appel à la transformation de la société.”
Site de l’Arche de St-Antoine
Ainsi, la communauté de l’Arche de Saint-Antoine se compose, environ, de :
Au total, vivre à l’Arche, c’est vivre avec environ 60 personnes. Certains jours, on était 120, 130 ou même 140 personnes à évoluer entre les murs de cette belle abbaye.
« S’engager à l’Arche, c’est comme un mariage. Tu t’engages à traverser ensemble le bon comme le mauvais. Mais si ça ne te convient plus, tu peux divorcer. »
Une postulante de l’Arche.
Pour vivre à l’Arche, il y a tout un processus bien défini.
Une membre postulante me partage qu’il n’y a pas de critères d’acceptation à proprement parler : tout est une question d’élan du cœur, de ressenti. Est-ce qu’on se sent bien avec cette personne ? Est-ce qu’on veut vivre avec elle ? La seule demande est d’être sur un chemin spirituel – chrétien ou non – et d’adhérer aux valeurs de la communauté.
Chaque personne qui séjourne à l’Arche pour plusieurs mois ou années travaille à l’Arche. Elle travaille sur le lieu, et pour le lieu, lors des temps de travail communautaire.
Lorsqu’une personne s’engage à vivre à l’Arche, elle entre dans le système monétaire, lui-même précisément établi.
« La communauté n’est pas un but, elle est un moyen. […] La communauté est faite pour être au service de son temps, comme moyen de transformation personnelle et sociale. Une communauté doit être au service. » Margalida Reus, 2018
Pourquoi je veux vivre en collectif ? Dans cette Abbaye, la communauté est un vecteur de transformation personnelle et sociale. Le lieu et ses membres s’engagent dans la non-violence, au quotidien ou lors d’actions ponctuelles.
« L’action non-violente se définit comme une action collective concertée, visant à provoquer chez l’autre (personne, groupe, institution) une prise de conscience de l’injustice vécue dans le conflit qui nous oppose, en vue d’un changement pour plus de justice. L’action non-violente exige le recours à des moyens constructifs et défensifs qui respectent toujours l’intégrité et la dignité des personnes. » Texte de l’Arche de Saint-Antoine.
La communauté de St-Antoine s’engage dans la non violence via quatre axes principaux.
Par ailleurs, l’esprit de la communauté respire hors des murs de l’abbaye !
À l’Arche de Saint-Antoine, la vie est rythmée par des temps communautaires et spirituels. Tous sont facultatifs. Chacun, chacune y participe en fonction de ses besoins, ses ressources, ses envies. Le tout, musicalement jalonné par les cloches de l’Abbaye, située juste derrière la maison.
8 h : après le petit-déjeuner, la journée commence par un temps de méditation collectif.
Le groupe se retrouve ensuite dans une salle pour ☀ la salutation de paix : quelques minutes partagées, en silence, pour se voir, s’accueillir, se reconnaître. On passe devant chaque personne présente. On partage un regard, yeux dans les yeux. Et on se salue, d’un simple mouvement, mains en prière contre le cœur et tête qui se baisse… Avant de partir à la rencontre de la personne suivante. Un temps qui semble court et simple, mais qui est pourtant particulièrement important pour la communauté. Ce geste rituel et spirituel permet de commencer la journée en prenant soin des relations et du groupe.
Le cœur léger et ouvert, je me dirige alors vers la cuisine. 8 h 40 : c’est le temps des pluches !
Nous voilà une vingtaine, affairés à éplucher patates, courges, carottes, navet ou encore aromates. Les légumes du jardin, en majorité. Parfois en silence. Parfois en rencontre.
💡 Quand soudain, le son délicat d’une cloche retentit. Tout s’arrête. Les couteaux se posent, les mains se détendent, les voix s’arrêtent, les yeux se ferment, parfois… Je mets quelques secondes avant de comprendre. On s’accorde quelques minutes pour être ici et maintenant, pour respirer…
…
Nouveau son de cloche, et les actions reprennent. Comme si de rien de n’était. Quoique, les voix sont un peu plus basses, les cœurs un peu plus calmes, les gestes un peu plus paisibles.
Au bout d’une heure, les volontaires quittent la cuisine. Jusqu’à 10 h, c’est l’office chrétien. Habitants et habitantes se retrouvent dans la chapelle pour échanger prières et chants religieux.
À 10 h, on se donne RDV dans la salle à manger pour 💡 la distribution des tâches. Chaque personne exprime les besoins pour son pôle de responsabilité : nombre de personnes, et tâche à effectuer. Entretien du potager, cueillette des légumes, garderie pour les enfants, repassage du linge de l’espace hôtellerie, nettoyage des espaces communs, poursuite des pluches… À main levée, on distribue alors les missions. Efficace : en 5 min, nous voilà prêt.e.s à offrir notre temps à la communauté ! Pour moi, ce matin, c’est séparation des pistils de safran.
Le temps de travail dure jusqu’à midi. Le repas est ensuite servi, à 12 h 15. Il débute par une bénédiction (non religieuse) puis une présentation des plats. On profite d’être réuni.e.s à table pour faire des annonces, s’il y en a.
À 14 h 15, un deuxième temps de méditation est proposé. Aujourd’hui, une petite dizaine de personnes partagent ce temps de silence…
14 h 45 : deuxième distribution des tâches, qui dureront jusqu’à 18 h.
À 18 h 30, la journée se clôture par une prière communautaire du soir. Chaque soir, on se relie à une religion différente (hindouisme, bouddhisme, islamisme, etc.) Ce temps est aussi l’occasion d’accueillir les personnes nouvellement arrivées.
Le dîner est servi à 19 h. Il peut être suivi de propositions communautaires, comme une projection de film. Tous les mardis, la communauté se retrouve pour une initiation aux danses traditionnelles du monde, en cercle. Le samedi soir, c’est soirée danse et festive, pour mettre tout ça en pratique !
L’Arche de St-Antoine, c’est déjà le 4e collectif que je découvre dans son quotidien et son organisation humaine.
Alors, je peux déjà identifier des différences, percevoir des choix et leurs origines. Je sens que je pose des questions plus ciblées sur tel ou tel enjeu de la vie en communauté.
Surtout, je vois grandir en moi un esprit critique. Une ouverture des possibles qui me permet de toucher du doigt les valeurs collectives, retranscrites dans chaque fonctionnement du quotidien.
Vient dans mon sac à dos, à la rencontre des écolieux et collectifs : retrouve tous les articles ici !
☀ Je trouve ça fascinant comme, parfois, une simple habitude du quotidien dévoile et incarne ces valeurs.
Par exemple :
À la Caserne Bascule, c’est très différent : n’importe qui peut faire la cuisine. Les menus ne sont pas fixés à l’avance : on choisit ce qu’on cuisine, sur le moment, en fonction des ingrédients disponibles. Pour la cuisine et le rangement cuisine, tout fonctionne en auto-gestion : un tableau visibilise les tâches à réaliser et le nombre de personnes nécessaires. On s’inscrit, en autonomie, en bonne intelligence collective et individuelle. Et parfois, c’est vrai, le repas est servi 1 heure en retard. Ici, on priorise les valeurs de la responsabilisation et souveraineté individuelles, l’intelligence collective, le fonctionnement horizontal et la spontanéité. On favorise aussi la récupération pour la nourriture, ce qui veut dire qu’on n’a pas toujours les ingrédients choisis à l’avance. Parfois, aux dépens de la régularité, du respect des horaires.
☀ Parole de scribe : il n’y a pas de bonne ou de mauvaise organisation. Je ne jette pas la pierre à l’une ou l’autre de ses méthodes (et j’espère que ma préférence ne transparait pas trop 😉 ). Simplement, il me semble indispensable de conscientiser ces valeurs collectives, surtout lorsqu’on souhaite créer ou rejoindre une communauté. Car, ces valeurs et tout ce qui en découle, n’apparaissent pas forcément dans la raison d’être.
Bref… Au fil des immersions, je vois grandir en moi de la clarté sur les valeurs collectives qui me parlent et m’appellent le plus. Sur ce qui me correspond, ou pas. Le tout, en restant ouverte à ces différents fonctionnements.
J’ai une théorie : dans chaque collectif, il y a un Guillaume. Au moins un. Forcément un.
J’ai trouvé le Guillaume de l’Arche de Saint-Antoine. La théorie est sauve. L’enquête continue…
Jardiner fait partie de ces quelques activités qui se savourent avec les 5 sens.
La vue
D’insectes aux dessins fabuleux, de feuilles aux nervures créatives, de fleurs aux couleurs chatoyantes…
L’odeur
De plantes et légumes parfumés, de la terre sous nos pieds…
Le son
Des oiseaux qui chantent, Du clocher qui sonne, De la terre meuble dont la racine s’arrache, De la pluie contre la serre ou l’imper…
Le toucher
Meuble de la terre, Soyeux, râpeux ou piquant des feuilles, Chaud du compost qu’on étale…
Le goût
Bien sûr, de la bouche qui salive à l’idée des plats cuisinés, ou déjà, du fruit volé, du plaisir accordé, entre deux récoltes…
Et dans tout ça, la joie enfantine.
De porter des bottes à fleurs. De mettre les mains dans la terre, de se salir les doigts. De découvrir une surprise sous une feuille. Un terrier. Un scarabée coloré. De récolter.
Et la paix.
D’être là. Juste là. Avec ses 5 sens.
J’observe qu’ici, il y a peu de joie exaltée. Peu de rires qui raisonnent dans les couloirs ou la salle à manger. Parfois, j’ai presque peur de déranger quand je ris fort ou que je fais une blague. Certes, il y a des rires calmes dans les discussions informelles, les temps personnels. Mais pas tellement dans le quotidien communautaire. Ça n’a pas l’air dans la culture de ce groupe. Ici, on partage plutôt des temps en pleine présence, des sourires doux et sincères, des discussions authentiques.
Pourtant, je ne doute pas que les habitant.e.s ont de la joie et du bonheur. Mais sûrement, de manière plus intériorisée, posée, paisible.
Alors, je me pose la question. Est-ce par volonté de cultiver la présence, à soi et au monde ? Est-ce la régularité des temps spirituels qui calme cette énergie plus explosive de rire ? Est-ce que les habitudes ont créé cette énergie douce, ou est-ce que le rythme de l’Arche a attiré des personnes déjà calmes ?
Et puis surtout, je me demande maintenant… Est-ce qu’on peut partager un quotidien à la fois spirituel, en présence ; et joyeux, expressif ? Ou… Est-ce incompatible ?
Je comprends mieux, après l’avoir vécu quelques jours et échangé avec des habitant.e.s, le rapport à la joie pétillante et la célébration.
Avec le temps passé ici, je sens en effet quelque chose se poser en moi. Après tous les mouvements, déplacements et rencontres depuis le début de mon voyage… Le calme ici m’apaise. Le rythme régulier, quotidien, est reposant. Après tout, c’est aussi la quête de simplicité, inscrite parmi les principes fondateurs du lieu.
En étant dans ce lieu, je me relie à quelque chose de… Vertigineux. Vertigineux d’histoire.
Des murs dont la construction a commencé au XIIe siècle. Des pièces qui ont vu passer des religieux gardiens des reliques de Saint-Antoine, des pèlerins venus se recueillir auprès de ces symboles, des enfants en internat sous la surveillance de prêtres… Avant de céder la place, en 1987, à la communauté de l’Arche.
Des valeurs socles, héritées de la rencontre entre Lanza del Vasto avec Gandhi. Des textes fondateurs qui ont donné naissance au mouvement des Arches, en 1948, dans lequel s’inscrit la communauté de Saint-Antoine. Un cadre, tellement travaillé, développé au fil des années. Ce cadre que je questionnais au début sur certains points, que j’avais du mal à saisir… Et dont maintenant, en ayant lu des textes fondateurs, je comprends le sens. Des membres fondateur.rices (13 adultes et 11 enfants), qui ont récupéré l’abbaye en piteux état, ont réaménagé une centaine de pièces et libéré du torchis les pierres et leur histoire.
Des membres engagé.e.s, qui ont construit, développé, amélioré la communauté. Des générations qui ont grandit et se sont succédées entre ces murs. Des enfants, déjà, qui sont né.e.s là-bas, ont grandi, éventuellement quitté le nid et gardé un lien.
Je prends conscience de tout cet héritage qui a permis que je sois là aujourd’hui, à découvrir cette communauté. Tout cet héritage, de plus de 36 ans à l’heure où j’écris ces lignes.
36 ans de vie communautaire… Jusqu’à aujourd’hui.
Aujourd’hui, l’Arche de St-Antoine réunit 4 générations sous le même toit. Le mouvement se poursuit hors des murs, avec toustes les enfants de l’Arche qui ont quitté le nid, toutes les personnes engagées sans vivre dans l’abbaye, toutes les personnes dont l’Arche est un refuge régulier… Et toutes celles qui passent 1 semaine, 1 mois, 1 an, pour repartir ensuite diffuser les valeurs de l’Arche dans leur entourage.
Émouvant, et vertigineux.
Toutes les heures, la cloche de l’Abbaye sonne. Pour les membres de la communauté, cela sonne l’heure du rappel.
On s’arrête, pour quelques minutes. On s’arrête, pour quelques respirations.
On s’arrête quelques instants pour revenir à soi. Se reconnecter au moment présent, aux sensations, au sens de la tâche que je réalise.
Parfois, ces quelques respirations suffisent à apaiser une tension qui se construisait, ou une discussion enflammée. Elles suffisent à faire baisser le niveau sonore, à ramener du calme et de l’écoute.
Chaque personne vit ce rappel de sa propre manière. En tout cas, j’ai discuté avec plusieurs membres qui, même en dehors de l’Arche… Continuent à faire ce rappel. Même si cela implique d’aller se cacher dans les toilettes de son entreprise !
La communauté de l’Arche de Saint-Antoine est particulièrement impressionnante par sa taille et son ancienneté. Au fil des années, les valeurs se sont affirmées, ancrées dans les choix et principes de vie. Comme dans tout projet collectif, évidemment : il y a toujours un cadre, une culture de groupe, des choix. Simplement, ils sont plus ou moins conscients, et plus ou moins exprimés. De par son historique, l’Arche a affirmé et conscientisé ses choix. Et c’est parfois confrontant ! Car il y a des choix forts, inhabituels.
En arrivant, j’ai été marquée par le cadre, que j’ai presque trouvé trop rigide. Dérangée par la verticalité, la hiérarchie visible et affirmée. Les jours passants, j’ai mieux compris leur origine, leur utilité, leurs raisons.
Avoir des valeurs visibles et affirmées permet à chaque personne de savoir vraiment si le collectif lui correspond, donc de choisir en conscience si elle veut y vivre. “On ne peut pas plaire à tout le monde”, adage plus vrai que jamais quand on construit un écolieu. Et même : on ne doit pas plaire à tout le monde.
En voyant plusieurs collectifs, plusieurs modes de vie, j’apprends à observer les projets sous ce spectre : valeurs, cadre (implicite ou non), choix, etc. J’apprends à déceler ce que je souhaite, ce qui me plait et me correspond, ce qui m’apparait comme un inconvénient que je suis prête à accepter, ou au contraire ce qui ne correspond pas à mon éthique ou ce que je veux vivre.
Qui dit valeurs affirmées et choix tranchés, dit aussi possibilité de désaccord ! Et oui, c’est plus facile de se laisser berner par une culture qui ne nous convient pas, mais qui est dite à demi-mot.
Alors, j’ai voulu aussi partir en quête des inconvénients de la vie à l’Arche. Au fil de mes conversations, j’essayais de glaner quelques témoignages : quels choix sont faits ici, qui sont à tes yeux des inconvénients, ou que tu questionnes ?
Autant d’inconvénients, en tout cas de choix tranchés, qui sont à mettre face aux avantages, et à adopter en conscience.
“Vivre simplement, pour que d’autres puissent simplement vivre” Gandhi. Une citation fondatrice du mode de vie à l’Arche.
La simplicité est une des valeurs centrales de la vie à l’Arche. Cela se traduit de différentes manières au quotidien comme dans les fondations du projet. Voilà quelques exemples.
J’ai croisé aujourd’hui un homme qui a grandi à l’Arche de Saint-Antoine. Il a maintenant une trentaine d’années. Alors, je prends la mesure du temps qui passe. Des générations qui se succèdent sur ce lieu magique. Je prends la mesure de l’impact que cela peut avoir sur une vie, de passer son enfance dans une abbaye, dans un collectif de 60 personnes.
Des enfants naissent à l’Arche, y grandissent, quittent le nid ou reviennent. Les générations se succèdent depuis 1987, et continueront à se succéder.
C’est vertigineux. Et ça me questionne : qu’est-ce que ça donne comme adulte, des enfants qui grandissent en communauté ? Qu’est-ce que ça change d’avoir, non pas un ou deux adultes référents, mais 20 exemples, 20 modèles ? Qu’est-ce que ça change de voir les adultes s’organiser ensemble, décider ensemble, prendre soin de leurs relations ?
C’est vertigineux.
Je repars finalement de l’Arche de Saint-Antoine, ressourcée par le rythme quotidien, inspirée par ce riche héritage de plus de 30 ans de vie en communauté, et portée par l’espoir que oui, on peut vivre une vie entière ensemble.
Ce témoignage s’inscrit dans un voyage de 4 mois à la découverte des écolieux. Juste après, j’ai passé 6 semaines à l’Oasis des Ages. Viens suivre mes explorations et apprentissages de la vie en collectif ici, et dans des publications papier comme Passerelle Eco.
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