La culture du thé a-t-elle un impact sur l’environnement ?

Champs de thé écologique au Sri Lanka

Deux tiers des Français consomment du thé.[1] Peut-être même que vous le savourez tout en lisant cet article. Pour certains, cela fait partie de leur rituel de la journée. Mais que diriez-vous si je vous annonçais que votre boisson préférée est parfois issue de plantations qui ne sont pas écologiques ? Certaines ONG remettent en cause la manière dont le thé est cultivé. D’autant que les principaux pays producteurs ne sont pas connus pour être des exemples en matière d’environnement. Doit-on alors cesser de boire du thé ? Le thé conventionnel est-il bon pour l’environnement ? Doit-on privilégier le thé biologique ?

Cet article a été rédigé par Mike Ahamed, merci à lui pour son travail !

Pourquoi devons-nous changer notre manière de consommer le thé ?

Le thé, cette boisson qui vous veut du bien

25 000 tasses de thé sont consommées chaque seconde, soit 2,16 milliards de tasses par jour (deuxième boisson mondiale après l’eau) [2]. On en boit dans les quatre coins de la planète. Mais ce sont quatre pays qui se partagent le gros de la production (près de 80 %[3]) : la Chine, l’Inde, le Sri Lanka, le Kenya. Comment expliquer un tel succès ? Sûrement son goût qui en fait voyager plus d’un. Le thé est aussi reconnu pour ses vertus médicales. En effet, des études ont montré qu’une consommation quotidienne réduit les risques de maladies cardio-vasculaires. Il agit également dans la prévention du diabète et de l’obésité. D’ailleurs, le thé vert est particulièrement réputé pour ses bienfaits thérapeutiques.

Cette boisson est donc devenue une véritable industrie, un marché qui représentait 52 milliards de dollars en 2018 et qui pourrait atteindre 81,6 milliards de dollars en 2026[4]. Des sommes qui font rêver les industriels, mais qui entraînent certaines dérives.

Le thé est écologique, sa production un peu moins

Si vous êtes un lecteur fidèle de ce blog, vous savez que l’agriculture intensive est l’une des causes de la déforestation. La production de palmier à huile en est le parfait exemple. Pourtant, la culture du thé n’est pas mauvaise en soi (tout comme l’huile de palme). Selon une étude de Nigel Melican[5], expert reconnu dans le domaine, cette plantation serait tout à fait écologique, puisque son impact carbone serait potentiellement négatif. Ce n’est pas pour autant que les jardins de thé sont inoffensifs pour l’environnement. La popularité et la demande excessive de l’industrie ont contribué à multiplier les plantations de théiers, au détriment de nos forêts. Aussi, l’utilisation d’engrais azotés ou de pesticides pulvérisés sur les feuilles a dégradé la qualité des sols. Des actions qui nuisent à la biodiversité. Évidemment, l’expansion agricole n’est pas l’unique responsable. La déforestation reste un processus complexe où différents facteurs peuvent intervenir.

Ceci étant dit, c’est celle-ci qui demeure la principale cause de déboisement dans le monde[6] et les pays producteurs de thé sont bien placés pour le savoir.

La déforestation au nom des jardins de thé

Au Sri Lanka, les plantations de thé et les forêts tropicales ne font pas bon ménage. Un article du journal Libération a mis en lumière le désastre écologique qui s’est produit à la fin du XIXe siècle. En effet, des centaines de milliers d’hectares de forêts ont disparu en quelques décennies. Comment ? Par l’importation de la culture du thé au Ceylan par les colons britanniques. À l’issue de l’indépendance du pays en 1948, il ne restait plus que 5 % de territoire en forêt, dans une région qui en comptait plus de 90 %. Ce désastre environnemental est toujours d’actualité, puisque le tourisme de l’île s’est bâti largement sur ces paysages de thé. Heureusement, des acteurs écologistes locaux ont mis en place des méthodes de reforestation respectant les interactions entre les espèces. Recréant par la même une meilleure biodiversité.

La déforestation est aussi un problème au nord-est de l’Inde (deuxième pays producteur). La région de l’Assam est connue pour ses différents reliefs ainsi que pour la richesse de sa faune et sa flore. C’est pourquoi cette zone est considérée comme un des points chauds de la biodiversité en Inde[7]. Malheureusement, ses habitats naturels sont transformés en étendues de monocultures de théiers. C’est tout un écosystème qui est mis en péril. Oui, car l’Assam produit à lui seul près de la moitié du thé de l’Inde et fournit des marques britanniques célèbres. Aujourd’hui, les autorités commencent enfin à prendre conscience des risques écologiques d’une culture de thé intensive. En effet, une étude du gouvernement indien a confirmé que les jardins de thé participent à la déforestation de la région. Accusations rejetées par l’Association indienne du thé, qui représente quasiment toutes les grandes entreprises de thé en Assam. Leur argument ? La couverture forestière est dans l’intérêt de ses membres. Un discours qui s’entend.

Néanmoins, certains écologistes expliquent qu’il est difficile de nier l’importance du développement des champs de théiers (dont certains sont illégaux, car non enregistrés) dans la disparition des milliers d’hectares de forêt. Une perte d’habitat qui menace la vie d’autres êtres vivants.

Face aux plantations de thé, la vie de certaines espèce en danger

Dans l’Assam, il n’y a pas que les arbres qui sont menacés. La déforestation au nom des plantations de thé perturbe aussi la vie des animaux. Des zones qui étaient autrefois une combinaison de forêts et de prairies abritaient des tigres et des rhinocéros. Aujourd’hui, ces endroits ont été convertis en champs de thé. Même les éléphants subissent les nuisances de la deuxième boisson la plus consommée au monde. Ainsi, certains pachydermes se retrouvent piégés dans des fossés, ou pire encore électrocutés par des clôtures. La récente augmentation de la mort d’éléphants est devenue un tel problème que l’affaire est remontée jusqu’au ministre en chef de l’Assam, Sarbananda Sonowal. En effet, l’Inde abrite près de 60 % des éléphants d’Asie. Leurs vies représentent donc un enjeu primordial. Beaucoup moins imposant, mais tout aussi important, les gorilles qui vivent dans la forêt impénétrable de Bwindi en Ouganda. Des centaines de singes prospèrent, protégés à l’intérieur du Parc national. Selon le site www.sauvonslaforet.org : « […] la conversion en plantations de thé de la forêt voisine de Kafuga changerait la donne selon les écologistes sur place. Cette zone forestière, véritable paradis naturel, sert de tampon au Parc national et sa disparition pourrait menacer les gorilles. »

Gorille en Ouganda impacté par la culture du thé et la déforestation

Malheureusement, les problèmes environnementaux engendrés par les champs de thé affectent aussi les êtres humains.

La Chine : 1er producteur de thé et 1er pollueur au monde

Comme expliqué précédemment, les cultures de thé peuvent être une bonne chose pour l’environnement. Leurs capacités à stocker du carbone sont essentielles pour lutter contre le réchauffement climatique. Elles peuvent aussi produire de la biomasse pour les énergies renouvelables, de la chimie verte, etc. Hélas, ses bienfaits ne représentent rien en comparaison de ses effets négatifs. En Chine, c’est Greenpeace qui a fait sensation en réalisant une étude sur le thé chinois (2012) puis indien (2014). L’industrie en fut ravie. En effet, les conclusions paraissaient alarmantes, puisqu’ils ont retrouvé des résidus de pesticides illégaux ou non répertoriés dans la plupart des thés échantillonnés et des quantités supérieures à la limite légale dans de nombreux échantillons. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette contamination[8] :

  • la Chine est la plus grande productrice et consommatrice de charbon au monde ;
  • l’utilisation de pesticides est répandue dans pratiquement toutes les cultures sur Terre qui ont une valeur importante sur le marché, surtout lorsqu’elles sont cultivées en masse en monoculture.

Faut-il s’en inquiéter ? Il est difficile d’être affirmatif, tant il y a d’études scientifiques contradictoires. Comment faire alors ?

Consommer du thé issu de cultures écoresponsables

Entre thé en vrac, biologique et équitable, quelles sont nos alternatives ?

Le label biologique

Consommer un thé certifié biologique reste l’acte qui respecte le plus l’environnement. À l’inverse d’un jardin conventionnel, un producteur de thé qui pratique l’agriculture biologique fait en sorte de n’utiliser que des procédés naturels pour développer ses plantations :

  • Il n’a recourt à aucun pesticide ou fongicide conventionnel.
  • Il fait appel à des répulsifs naturels ou limite la propagation de parasites à l’aide de prédateurs qui ne présentent pas de danger pour les théiers.
  • Il enrichit les sols, en employant différentes techniques indolores et naturelles (par exemple le lombricompost).

Pour vous assurer que votre thé est écologique, il y a le label européen et sa déclinaison française AB. Ces derniers garantissent que les produits que vous consommez respectent bien le cahier des charges et les critères de l’agriculture biologique. Selon le site de l’Agence Bio : « Le label identifie des produits 100 % bio ou contenant 95 % de produits agricoles bio dans le cas de produits transformés.[9] ». Cela consiste avant tout à ne pas utiliser de produits chimiques de synthèse. C’est la définition officielle de la « bio », et toute marchandise non certifiée ne peut donc pas être vendue en tant que production biologique. En théorie toutefois.

Car une enquête de 60 Millions de Consommateurs a révélé que des thés importés en France, dont certains biologiques, comportaient des résidus de pesticides[10]. Certaines de marques très connues. Mais que les amateurs de thé se rassurent, les quantités mesurées sont infimes et « la plupart du temps […] inférieures aux limites autorisées », explique Benjamin Douriez, rédacteur en chef de 60 Millions de Consommateurs interviewé par Europe 1. Néanmoins, la question d’une consommation régulière de pesticides, même faible, reste ouverte. C’est pourquoi Patricia Chairopoulos, journaliste responsable du secteur alimentation du magazine, préconise :

  • de privilégier les thés dont les arômes sont naturels ;
  • de consommer les thés dont l’origine est précisée ;
  • d’acheter des thés de moyennes voire hautes gammes (si vous en avez les moyens).
Logo agriculture biologique europeen et francais

À gauche le logo européen “agriculture biologique”, à droite sa déclinaison française  

Les boissons Fairtrade

Si vous voulez accomplir une bonne action, pensez aussi au thé issu du marché équitable. Quel est l’intérêt de participer à ce type de commerce ? À l’instar du thé biologique, le thé équitable a pour but de limiter l’impact environnemental de ses cultures. Elle offre aussi une plus juste rémunération aux producteurs ainsi que de meilleures conditions de travail. Si vous souhaitez acheter du thé équitable, mais que vous avez des doutes sur l’origine et les informations données, vous pouvez vous référer à la certification équitable.

Aujourd’hui, les labels en tout genre fleurissent sur les emballages et les consommateurs peuvent s’y perdre. Cependant, l’ONG FLO-International (Fairtrade Labeling Organizations International) demeure le seul organisme international de contrôle du commerce équitable. Cette institution définit un cahier des charges avec des normes à respecter dans la certification des produits. Elle regroupe plus de vingt agences certificatrices du commerce équitable qui continuent de cohabiter indépendamment au niveau national. En France, elle est représentée par l’association Max Havelaar. Puis une structure indépendante FLO-Cert, vérifie ensuite l’application de ces normes auprès des organisations de producteurs et des différents acteurs économiques.

Enfin, dans le cadre d’une démarche zéro déchet, privilégiez le thé en vrac. Pourquoi utiliser des sachets, alors que l’on peut disposer d’une théière, d’un mug infuseur voire d’une tisanière ? Des actions faciles à réaliser. Et un, deux, trois emballages de moins.

thé en vrac, tasse de boisson chaude et théière

Des initiatives écoresponsables

Si vous aimez le thé, intéressez-vous aux démarches écologiques et aux producteurs écoresponsables !

Tenzing Bodosa, le producteur de thé « ami des éléphants »

Tenzing Bodosa est le premier à ouvrir la voie en encourageant la communauté des producteurs de thé de l’Assam à adopter les éléphants sauvages plutôt que de tenter de les dissuader de pénétrer sur leurs terres : « Les éléphants ne mangent pas de feuilles de thé et empruntent toujours les mêmes routes, qu’ils connaissent de mémoire, pour atteindre leur destination. Les cultivateurs de thé, en particulier ceux situés le long des couloirs des éléphants, peuvent planter et enlever des clôtures électriques de manière à planifier ces itinéraires », déclare-t-il. Une initiative soutenue jusqu’aux États-Unis, puisque Lisa Mills, responsable du programme du groupe Broader Impacts de l’université du Montana Mills, a créé la société Elephant Origins. Les bénéfices du thé vendu dans les magasins aux États-Unis seront réinvestis dans les communautés indiennes de producteurs de thé respectueuses des éléphants.

Consommer écologique, c’est aussi consommer local. Mais, que ce soit en Europe et surtout en France on compte très peu de plantations. Le frein principal ? La température. Heureusement, certaines personnes veulent remettre en cause cet état de fait.

Cultiver du thé en France ?

Si vous désirez consommer du thé français, Denis et Weisi Mazerolle pourraient bien exaucer votre souhait. L’aventure du couple franco-chinois a commencé en 2006 du côté du Morbihan lorsque nos deux producteurs en herbe ont planté dix théiers. Nous sommes en 2020, et le jardin labellisé bio en compte près de treize mille. Depuis deux ans, Arnaud Billon, directeur d’exploitation au lycée horticole du Talhouët, coopère sur cette initiative, avec les élèves de l’établissement. Les étudiants participent à tout le processus : plantation, récolte, transformation et dégustation. Des efforts concrétisés par la vente de leur première production sous la forme de parrainage. Bien sûr, il reste des projets à réaliser, un savoir-faire à développer, des collaborations avec des pays spécialisés (comme la Chine) à concrétiser…

Aujourd’hui, Denis Mazerolle vise une exploitation de 10 ha à l’horizon 2023. L’initiative est belle et elle n’est pas unique puisqu’un autre amateur de thé français, Clément Bruinaud, a aussi décidé de relever le défi de planter du thé en France métropolitaine, plus précisément en Occitanie.

Comme quoi il est possible de produire du bon thé qui préserve la planète, à condition d’y mettre les moyens et de la volonté…

Chacun détient le pouvoir de changer les choses à son échelle. Votre portefeuille concentre une partie de ce pouvoir. Si l’on ne veut pas d’un thé dont l’origine est inconnue, on peut le refuser. Si l’on ne veut pas consommer un thé issu de jardins de thé conventionnels, on peut le refuser. Ce qu’on peut faire en revanche, c’est s’intéresser, agir et soutenir les cultures de thé qui contribuent à rendre la Terre plus verte.

Et toi, que penses-tu de la culture du thé ? Es-tu un(e) grand(e)consommateur/ consommatrice ?
N’hésite pas à me partager ton expérience en commentaire !

Sources 

Images libres sur Pixabay.


[1] https://www.60millions-mag.com/2017/10/13/analyses-de-thes-verts-et-thes-noirs-11421

[2] https://worldteanews.com/tea-industry-news-and-features/tea-consumption-second-only-to-packaged-water   

[3] http://www.fao.org/faostat/en/#data/QC          

[4] https://www.statista.com/statistics/326384/global-tea-beverage-market-size/             

[5] Rapport :  Life cycle assessment of drinking Darjeeling tea

[6] https://www.notre-planete.info/environnement/deforestation.php#cause

[7] Source Unesco

[8] https://www.worldatlas.com/articles/biggest-contributors-to-global-warming-in-the-world.html  

[9] https://www.agencebio.org/vos-outils/utiliser-les-logos/

[10] https://www.60millions-mag.com/2017/10/13/analyses-de-thes-verts-et-thes-noirs-11421

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