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IA : entre éthique et écologie… Pour ou contre ?

Une main humaine touche une main de robot. Par dessus, le titre de l'article : Intelligence artificielle, pour ou contre ?

Septembre 2022. Un tableau créé par une intelligence artificielle (IA) gagne un prix, face à des artistes en chair et en os. Le même mois, pour la première fois, une IA est nommée PDG d’une entreprise. En parallèle, des programmes informatiques sont maintenant capables de rédiger des articles de blog, de coacher, de créer de la musique…

Matinée ensoleillée. Nous sommes 5 entrepreneuses à lire ces actualités et discuter autour d’une tisane. 5 freelances – coachs, rédactrices web ou encore graphistes et illustratrices – voyant les robots remplacer les métiers que l’on adore.

Alors, l’intelligence artificielle… Pour ou contre ? Est-ce un gain de temps, une ouverture à la créativité ? Au contraire, est-ce remplacer l’humain par la machine et produire de l’art sans âme ? Face aux enjeux écologiques, le numérique « qui pense » est-il une solution ou un piège ? Décryptage.

Des robots intelligents : de quoi parle-t-on ?

L’intelligence artificielle est un terme vaste, très vaste. Il désigne des programmes informatiques dits intelligents. Grâce à la collecte et l’analyse d’une énorme quantité de données, ces machines sont capables de prendre des décisions, proposer les bonnes informations ou encore automatiser des actions.

L’intelligence artificielle, on l’utilise déjà au quotidien.

  • C’est l’algorithme de Google qui hiérarchise les résultats de recherche pour répondre à nos questions.
  • C’est le code de Facebook qui propose ses publicités aux bonnes personnes.
  • C’est le programme de Waze qui propose le trajet avec le moins d’embouteillages.
  • Et, bien sûr, à l’échelle industrielle, de nombreuses IA optimisent continuellement les process et gèrent des quantités de données bien trop importantes pour un cerveau humain.

On distingue les IA logicielles (moteurs de recherche, assistants virtuels, etc. Celles que l’on côtoie au quotidien) et incarnées (voitures autonomes, drones et robots, etc.).

Dans cet article, je ne questionne pas l’intelligence artificielle en tant que telle. En effet, dans une société mondialisée, elle est indispensable à bien des égards. Je questionne plutôt ses usages, au sein d’une course au progrès en perte de sens…

Contre : Quand l’intelligence artificielle est superflue

1. Des ressources numériques qui s’épuisent

J’en parlais dans un article sur le numérique responsable : les matières premières s’épuisent. Les stocks de terres rares et minerais indispensables pour le digital… Se vident. En cause ? Un usage exponentiel, sur une planète limitée.

Résultat ? Au rythme actuel, en 2050, nous n’aurons plus de matériaux pour fabriquer des équipements numériques. Plus de smartphones, d’ordinateurs, ou de robots intelligents. (1)

Il est donc urgent de raisonner nos usages du numérique. Justement parce que l’IA est devenue indispensable à bien des égards… Faisons ce qu’il faut pour pouvoir l’utiliser encore dans plus de 30 ans.

Ces précieuses ressources numériques doivent être réservées à l’indispensable, pas au superflu.

Contre-argument fréquent : Le progrès numérique a permis, jusqu’à maintenant, de réduire continuellement les ressources (matérielles, énergétiques…) nécessaires pour un même usage numérique. Des disquettes et vinyles, on est passés à des disques de stockage de 1 To.

C’est vrai… Mais notre gourmandise, elle, ne réduit pas. Au contraire… Il est donc temps d’arrêter de compter sur le progrès technique. D’arrêter de rêver à cette science qui nous sauvera miraculeusement. D’arrêter d’ignorer le problème tout en faisant des plans sur la comète. Il est temps, au contraire, d’établir des stratégies en regardant la réalité en face : notre usage du numérique est insoutenable.

2. Pourquoi remplacer des métiers qu’on adore ?

Ici, je me concentre particulièrement sur les intelligences artificielles utilisées dans des métiers créatifs : coaching, dessin, musique, écriture, etc. Bref : des métiers que beaucoup d’êtres humains adorent faire !

Pourquoi déléguer ces tâches à la machine ? Si elles génèrent de la valeur, de la culture, ainsi que du plaisir à leurs créateur.rices ? C’est avec notre esprit critique que ces métiers peuvent être utilisés pour partager nos idées, pour faire bouger les lignes, pour militer.

Ces métiers qu’on adore faire : laissons-les aux humains. Gardons les ressources numériques pour d’autres usages…

3. Des robots conservationnistes et sans morale

La machine n’a pas de morale, pas d’esprit critique. Elle dépend du code qui lui donne « vie »… Et des données (ou data) qui la nourrissent.

Il y a donc un risque de dérive immorale. Puisque l’intelligence artificielle se base sur des données passées, elle ne peut pas changer les habitudes, pour les rendre plus éthiques. C’est comme cela qu’on se retrouve avec des machines sexistes ou racistes.

Prenons pour exemple l’IA de recrutement d’Amazon : elle discriminait les femmes pour les métiers de la tech (2). Pourquoi ? Parce que les CV retenus jusqu’à maintenant étaient majoritairement masculins. Le robot ne se dit pas « c’est une discrimination sexiste, en train d’évoluer ». Il conclut simplement : « les femmes sont moins aptes pour les métiers demandant des compétences techniques ».

Deuxième exemple : j’ai testé une intelligence artificielle de rédaction. Je lui ai proposé un sujet empreint de mythes et méconnaissances : l’empreinte carbone d’un e-mail. Cette dernière avait été évaluée puis partagée par l’ADEME en 2011. Depuis, les articles web copient et répètent cette donnée. Or, le bilan carbone d’un e-mail a été réévalué en 2021… C’est finalement 10 fois moins que l’estimation initiale (3). Le problème ? L’IA reçoit une abondance de données fausses. Notre robot rédactionnel est tombé dans le panneau : un article à côté de la plaque, avec des mythes sur la sobriété digitale (non, supprimer ses mails est loin d’être la priorité pour réduire sa pollution numérique !).

Bref : la machine ne suffit pas. Elle a besoin d’une intention humaine (et éthique, tant qu’à faire !). Des spécialistes doivent passer derrière le robot pour vérifier les informations, pour l’intégrer à une stratégie cohérente, etc. Pour les métiers artistiques, on a besoin d’êtres humains pour militer à travers leur art, pour transmettre un message. Pour le coaching ou le dessin, on a besoin d’émotions et de chaleur humaine.

L’intelligence artificielle n’est pas pertinente partout.

Pour : l’IA au service de l’être humain

1. Des usages où le robot surpasse l’humain

L’intelligence artificielle n’est pas pertinente partout… Mais elle est pertinente parfois.

Dans certains usages, les programmes informatiques s’avèrent indispensables ou permettent d’optimiser des process. Résultat : des économies d’énergies et de ressources. (4)

  • Je pense par exemple au trafic aérien, routier ou ferroviaire.
  • Mais aussi aux méthodes d’agriculture à grande échelle.
  • L’IA est également extrêmement compétente dans la gestion des risques : elle peut identifier, plus tôt que l’humain, une catastrophe naturelle ou une panne. On peut ainsi anticiper les mesures de protection.
  • Enfin, la machine s’avère rigoureusement efficace pour plusieurs usages dans la santé – et en particulier la gestion des pandémies, comme on l’a connue à partir de 2020 avec le COVID.

Dans ces exemples, la quantité de données à analyser est gargantuesque. Le cerveau humain n’est plus adapté. Les programmes informatiques ont donc leur place.

2. Éventuellement, une utilisation raisonnée de la machine intelligente

Revenons à nos freelances et leurs métiers créatifs. L’intelligence peut être utilisée pour gagner du temps ou sortir de ses habitudes : générer des idées de visuels, rédiger un premier jet d’article, proposer de nouvelles questions de coaching, etc. Toujours avec un bon esprit critique de l’utilisateur.rice !

Dans un monde où on essaye de travailler moins… Pourquoi pas ? Ce temps libéré pourrait servir à développer davantage d’esprit critique, participer à la vie politique et démocratique, profiter de la nature et de ses proches, entretenir un potager, voyager en train plutôt qu’en avion…

Prendre son temps, on en a besoin pour mener une vie sobre et bas-carbone. Utiliser le numérique, stratégiquement, pour libérer ce temps peut alors être bénéfique à la transition écologique et sociale.

L’intelligence artificielle, pour ou contre ? En synthèse

Vers la sobriété numérique

Pour de nombreux usages, l’IA est extrêmement utile… Voire indispensable. Je ne critique pas toutes les machines intelligentes. Ma conclusion est plutôt d’inviter à la sobriété.

Soyons stratégiques dans notre allocation des ressources numériques. Ne menons pas une course au progrès sans aucun sens.

La finalité doit rester l’humain : notre bien-être, notre santé, notre épanouissement… Et ce, pour plusieurs générations.

Les IA, c’est un usage numérique comme un autre : il est temps de passer à la sobriété.

Des ressources numériques utilisées à bon escient

Et si on mettait toutes ces ressources d’IA – matérielles, humaines, savoirs – sur des enjeux essentiels pour la survie de l’humanité ? Régénérer les sols, nourrir le monde, rénover les passoires thermiques, se déplacer en bas-carbone, etc.

Et si on utilisait les intelligences artificielles pour remplacer des bullshit jobs, plutôt que des métiers kiffants ?

Mettons les programmes informatiques sur leur spécialité : l’analyse des données.
Gardons le cerveau humain sur ses spécialités : la création, l’imagination, l’esprit critique, l’éthique, la stratégie, etc.

Et toi, qu’en penses-tu ? L’intelligence artificielle : tu es plutôt pour ou contre ? Discutons en commentaires !

Pour aller plus loin, découvre comment (vraiment) réduire ta pollution numérique… Sans t’épuiser à supprimer tes mails inutilement ;).

Sources :

(1) Tendre vers la Sobriété Numérique, Frédéric Bordage, octobre 2021

(2) Amazon : l’intelligence artificielle qui n’aimait pas les femmes, Thierry Noisette pour L’Obs, octobre 2018, consulté en septembre 2022.

(3) L’empreinte carbone d’un mail, Sami, juillet 2022, consulté en septembre 2022.

(4) Intelligence artificielle : définition et utilisation, Europa.eu, mars 2021, consulté en septembre 2022.

Actualités mentionnées dans l’introduction, datant de septembre 2022 :

Le tableau gagnant, créé par une IA.

La première IA nommée PDG.

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