Le dilemme des OGM : la vérité

Epis de mais

Les OGM, source de nombreuses controverses. Tout le monde a son avis à dire, plus ou moins bien renseigné. Bien que les OGM soient autorisés au sein de l’Union Européenne pour l’alimentation animale (maïs, soja, colza…), le gouvernement Français en a interdit la culture et la commercialisation pour l’alimentation humaine pour des arguments environnementaux et sanitaires.

Alors, les OGM, poison pour la santé ? Destructeur de l’environnement ? Ou solution à la faim dans le monde ? Voyons ce que la science a à dire la dessus !

D’abord, un OGM c’est quoi ?

Un OGM – ou Organisme Génétiquement Modifié – est créé en laboratoire en introduisant manuellement un ou plusieurs gènes dans l’ADN d’un organisme vivant. Il est très utilisé en agriculture pour rendre une plante intrinsèquement résistante aux agressions extérieures : plus résistante aux variations de température ou d’humidité, plus résistante aux maladies et aux attaques de la faune etc. Plutôt utile dit comme ça, non ? On l’utilise également pour mener des études en laboratoire, créer des médicaments ou des hormones comme l’insuline. Au fond, ça n’est « que » une modification génétique contrôlée.

La mutation génétique est un phénomène naturel et aléatoire modifiant l’ADN et donc les caractéristiques d’un être vivant. Cela arrive spontanément et est à la base de la théorie de l’évolution de Darwin. L’Homme a simplement détourné ce processus à son avantage, créant les OGM.

Tout au long de l’article j’utilise l’acronyme OGM pour ne parler que des plantes OGM utilisées en agriculture, car c’est l’utilisation que l’on questionne le plus dans les milieux non scientifiques, les médias ou les débats écologiques. Mais, évidemment, les OGM ne s’arrêtent en réalité pas à ces utilisations.

Qu’est-ce qu’on leur reproche ?

OGM et ethique

On sent au fond qu’il y a quelque chose qui cloche. Le principe même des OGM, c’est que l’Homme contrôle la nature pour en faire son outil, la faire correspondre à ses besoins. L’Homme se permet donc cupidement d’utiliser la nature, en se déclarant supérieur à elle, alors qu’il en fait lui-même parti. On peut donc voir les OGM comme contre-nature.

Mais contrôler le monde sauvage, n’est-ce pas ce qu’on fait depuis des millénaires ? Depuis les premières traces de l’agriculture en 14 000 av. J-C, on impose à certaines plantes de pousser à certains endroit, pour nourrir l’Homme, puis on sélectionne les plus grosses ou les plus résistantes pour les replanter. Puis vers 10 000 av. J-C avec l’élevage, on force certains animaux à vivre, éventuellement travailler et mourir pour nous. Depuis 1850 c’est l’emballement : on détruit, on construit, on remodèle… Bref, la nature n’est qu’un outil, parfois un soucis, qu’on contourne toujours pour assurer notre survie et plus récemment notre confort. Les OGM ne sont qu’un outil de plus pour modifier notre environnement, qui est pourtant bien plus mal perçu que l’élevage ou les carrières de minerais.

Certains refusent les OGM en comparant l’Homme à un apprenti sorcier, qui essaye de contrôler toujours plus les mécanismes de la vie sans vraiment connaitre le résultat final. Tout comme on a choisi d’exploiter les énergies fossiles sans savoir que cela causerait le réchauffement planétaire, on a pratiqué la modification génétique sans savoir ce que cela causerait. Peut-être des problèmes de santé, la destruction des sols, des écosystèmes…(1) Si on a joué les apprentis sorciers au début, on a maintenant un peu de recul pour étudier ces conséquences puisque les premiers OGM ont fait leur apparition dans les champs il y a une trentaine d’années. La réalité est que les recherches scientifiques sur les OGM se comptent par milliers. Depuis 30 ans, ils sont surveillés de près.

modified-1744952_1280
Image par Arturs Budkevics

OGM et santé

La majorité des études de surveillance des OGM portent sur leurs potentiels impacts sur la santé. C’est en effet la première inquiétude de beaucoup de citoyens. Selon certains, les OGM pourraient causer des tumeurs(2)(3), des maladies, des allergies et autres joyeusetés.

Il est vrai que ceux qui mènent les études scientifiques, autant que ceux créant les OGM, ont peut-être des conflits d’intérêt, ne sont pas objectifs, voire orientent leurs recherches selon leurs financements. On manque de confiance, tant  dans l’état que dans les scientifiques, donc on remet tout en doute. Et c’est une bonne chose ! Mais il faut également savoir accepter ce qui semble être la vérité lorsqu’un consensus général émerge.

Et sur la problématique des OGM, il semble y avoir un consensus très clair : aucun impact sur la santé humaine causé par la consommation d’OGM n’a été trouvé. Des scientifiques ont étudiés et compilés les résultats de nombreuses études pour arriver à cette conclusion : aucun impact sur la santé n’est détecté, ni lors d’études portant sur les humains(4)(5), ni même lors de celles menées chez les animaux à long terme et sur plusieurs générations(6) La plus grosse preuve reste l’observation des animaux d’élevage : des milliards d’animaux sont nourris aux OGM depuis une vingtaine d’années, entre autres les cochons qui ont un ADN à 98% identique au nôtre. Or, aucune différence sur leur santé n’a été constatée depuis l’introduction des OGM dans leur alimentation – alors qu’une épidémie n’aurait pas pu passer inaperçue.

Depuis plus de 30 ans, des associations Françaises et ONG comme Les Amis de la Terre ou Greenpeace dénoncent le danger des OGM, racontent leurs risques pour la santé. Mais depuis plus de 30 ans que les scientifiques cherchent ces effets nocifs, à travers des centaines d’études, d’instituts différents et parfois indépendant, à court et long terme, ils ne trouvent pas.

On peut critiquer ces résultats, en disant que ne pas trouver de lien ne peut techniquement pas prouver qu’il n’y en a pas. Mais ne pas trouver de lien malgré tant d’études semble au moins dire que les risques sont très peu probables (on qu’on ne sait pas quoi chercher). Le risque vient surtout du fait qu’on ne sait pas jusqu’où l’Homme pourrait aller dans ses mutations génétiques, et le fait qu’il n’y ai pas d’impacts avec les OGM actuellement commercialisés ne prouve pas qu’il n’y en aura jamais. Enfin, beaucoup d’études portent sur les animaux (les résultats pourraient être différents sur l’Homme) et ne prennent pas en compte l’ « effet cocktail » subit par notre organisme, c’est-à-dire la diversité de substances chimiques en contact avec le corps chaque jour.

Pour finir concernant la santé, nous – habitant de pays aisés – avons la chance de pouvoir nous inquiéter des impacts potentiels des OGM car nous n’en dépendons pas. Cependant, certains pays reposent sur ces innovations génétiques nous seulement pour assurer la récolte mais parfois également pour diminuer le nombre de carences grâce à une céréale enrichie en nutriments (comme le Golden Rice par exemple, que j’aborde dans la suite de l’article).

OGM et environnement

La deuxième inquiétude est l’impact des cultures OGM sur l’environnement.

Bien que toutes les mutations qu’on introduit artificiellement peuvent théoriquement arriver spontanément et sans intervention extérieure (avec une probabilité très faible), certains gènes choisis en laboratoire n’auraient surement jamais été sélectionnés par l’évolution, de par leur incompatibilité apparente avec les écosystèmes. Par exemple, certaines souches OGM ont des gènes de stérilité – incompatibles avec le principe même d’avantage évolutif d’une espèce – mais qui pour l’Homme assurent d’une part que l’OGM ne se reproduira pas avec des plantes sauvages, mais surtout assure au vendeur de graines que le paysan devra lui racheter des semences l’année d’après (problème politique dont je reparle plus bas).

Ensuite, les OGM pourraient perturber ou déséquilibrer les écosystèmes, diminuer la biodiversité en tuant les insectes et mauvaises herbes ou encore causer le développement de résistances aux pesticides. Mais finalement, ces conséquences ne sont pas propres aux OGM et sont malheureusement l’apanage de l’agriculture conventionnelle (et même bio), souvent basée sur des monocultures et sur l’application d’intrants destinés à détruire la biodiversité nuisant au développement de la culture principale.

Les plantes OGM, plus résistantes, pourraient déséquilibrer l’écosystème en étant sélectionnées par la nature face aux autres plantes non OGM et moins résistantes… tout comme les plantes sélectionnées par l’Homme depuis l’apparition de l’agriculture pour leur caractéristiques avantageuses ! Les OGM ne seraient donc pas plus dangereux que l’agriculture elle-même.

soy-998566_1280
Une pousse de soja … Image par Julio César García

Qu’en est-il de certaines plantes créées pour produire une protéine insecticide, qui tue les insectes nuisibles et donc appauvri la biodiversité et la chaîne alimentaire ? Cette baisse de biodiversité serait compensée par un autre phénomène : la moindre utilisation de pesticides chimiques, ces derniers étant clairement néfastes pour l’environnement et la biodiversité. Or, en moyenne on en utilise 37% de moins sur les cultures OGM(7).

Quant au transfert de gène entre espèces, par exemple dans le cas où un gène de résistance aux herbicides migrerait vers les mauvaises herbes, pour l’instant les suivis n’ont pas reportés de danger.

Finalement, dans un rapport de l’Académie Nationale des Sciences aux Etat Unis, étudiant l’ensemble des études et connaissances sur les OGM, il n’a pas été trouvé d’effets néfastes pour l’environnement due à l’utilisation de cultures OGM. Quant à la biodiversité, loin de la diminuer, elle l’a parfois légèrement augmentée. Les bénéfices sont mitigés et dépendent évidemment de la souche OGM et du contexte, mais globalement de nombreux OGM tendent à réduire la quantité de pesticides appliquée. Globalement, les scientifiques avancent qu’il n’y a pas davantage d’impacts environnementaux néfastes entre l’agriculture conventionnelle, voire bio, et les cultures OGM(4).

Aspects politiques et financiers

Cette partie-là est pour moi LE gros point noir des OGM.

Tout d’abord car ils sont vendus par de grosses entreprises dont le seul but est l’augmentation des profits. Les souches, parfois rendues stériles, doivent être rachetées chaque année ou entretenues avec des produits spécifiques. Cela rend les agriculteurs dépendant des intrants chimiques et des fournisseurs de semences. Or, ces fonctions sont assurées par quelques groupes qui gardent le monopole sur les productions agricoles – comme le si bien connu Monsanto. Ces industriels recherchent le profit et ne résonnent qu’à court terme. Or, les OGM sont comme toute autre invention humaine : ce n’est pas l’invention elle-même qui peut être problématique, mais son utilisation. Le monde d’aujourd’hui étant gouverné par l’argent, qui sait ce que les industriels trouveront ensuite pour générer des bénéfices.

De plus, d’un point de vue social, les semences OGM sont plus chères que leurs équivalents non OGM et donc pourraient accélérer l’appauvrissement des agriculteurs. Cependant, une métanalyse conclu qu’en moyenne l’adoption des OGM a augmenté le profit des agriculteurs de 68%(7)

gmo-254539_1280
Faut-il vraiment demander l’arrêt des OGM ?
Image par James Farley 

Les opportunités des OGM

Alors pourquoi les chercheurs ont continués à créer des OGM malgré les polémiques constantes ?

En premier lieu, les OGM ont été inventés pour augmenter la productivité agricole sur une surface, avec un moindre travail. En moyenne, l’adoption des OGM augmenterait la productivité d’une culture de 22%(7). Et c’est essentiel sur certaines cultures comme le soja, où chaque hectare supplémentaire serait grignoté sur la forêt Amazonienne !

Aujourd’hui, les OGM apparaissent en plus comme une opportunité pour les pays du tiers monde, souffrant de sous nutrition. Un exemple très connu est le Golden Rice(10). C’est un riz qui a été modifié pour produire des vitamines A dans les grains, plutôt que dans les feuilles, en utilisant une enzyme du maïs. Et d’après une étude, il remplace effectivement une source de vitamine A (8), ce qui est salvateurs dans des pays où le régime peu varié manque en vitamines. D’après l’OMS, 250 millions de personnes dans le monde souffrent d’une carence en vitamine A, pouvant causer la cécité et la mort. D’autres exemple montrent que les OGM pourraient améliorer notre santé et surtout celle des populations pauvres : du soja pauvre en graisses saturées, des carotte riche en calcium etc.

farmer-2008002_1280
Image par Charles Nambasi 

En dehors des applications agricoles, les OGM sont utilisés dans les études (avec des rats OGM par exemple ou des poissons fluorescents, malgré les controverses spécistes), pour produire des médicaments ou substances médicinales (insuline par levure modifiée, de l’anticoagulant), etc. et aide indéniablement la science à avancer.

Malheureusement, certaines associations restent fermement contre les OGM. C’est pour leur répondre que plus de 100 prix Nobels, de physique, chimie et médecine principalement, ont signé un appel à Greenpeace et au gouvernement pour cesser les actions anti OGM (10). Ils veulent défendre les OGM et biotechnologies, qui sont sans danger, saines et devraient être encouragées pour le bien du Tiers Monde, qui a désespérément besoin de cultures avec une productivité accrue et une meilleure valeur nutritionnelle. Mais aussi, à plus court terme, pour réduire les impacts de l’agriculture conventionnelle, par son utilisation abusive de pesticides et son accroissement sur les forêts. Des informations complémentaires sont disponibles là.

 » We urge Greenpeace and its supporters to re-examine the experience of farmers and consumers worldwide with crops and foods improved through biotechnology, recognize the findings of authoritative scientific bodies and regulatory agencies, and abandon their campaign against « GMOs » in general and Golden Rice in particular. « 

Nous demandons à Greenpeace et ses partisans de reconsidérer l’impact positif des biotechnologies pour les agriculteurs et des consommateurs du monde entier, d’accepter les conclusions des scientifiques et des authorités de régulations, et d’abandonner leur campagne contre les OGM, le Riz Doré en particulier.

Pour résumer, de nombreuses études confirment que les OGM sont une grande avancée technologique, dont il serait dommage de se priver : ils pourraient diminuer la pollution due aux intrants agricoles chimiques, diminuer le labour et donc augmenter la qualité des sols et la quantité de CO2 qui y est capté, augmenter la production sur des surfaces plus réduites donc sauver la forêt ou d’autres terres sauvages, nourrir des populations à l’alimentation peu variée, sur des terres peu fertiles, et augmenter la qualité nutritionnelle des produits(9).

Pour beaucoup de scientifiques, les cultures OGM riment avec produire plus, sur un espace réduit, avec moins de pesticides et de travail humain, des aliments parfois plus nutritifs. Bien sûr, les méthodes peuvent être critiquées mais seulement au même titre que l’ensemble de l’agriculture conventionnelle. Mais les travaux scientifiques arrivent rarement jusqu’à nous et l’avis public garde un avis négatif sur les OGM…

Conclusion

Finalement, les OGM c’est la version poussée de la sélection des graines. Quelle différence entre les impacts des OGM et ceux des plantes sélectionnées pour leurs caractéristiques avantageuses pour l’Homme ? Car aujourd’hui, tout ce que nous mangeons – même les légumes bruts du marché – est issu de 10 000 ans de sélection et domestication.

En fait le débat est difficile car les OGM regroupent une énorme quantité d’organismes, de fonctions et d’utilisations – alimentaires et non alimentaires. De plus, les intérêts économiques peuvent influencer les publications scientifiques et pour sûr influencent les décisions politiques.

Pour être honnête, j’étais plutôt contre avant de rédiger cet article. Sans y avoir vraiment réfléchi, j’avais cru les contre arguments clamés un peu au hasard. Mais, après tout ce que j’ai lu, j’ai dû me rendre à l’évidence : les OGM sont probablement plus une opportunité, tant qu’on reste raisonnable, qu’un danger à combattre.

Concernant les applications alimentaires sur lesquelles je me suis étendue dans cet article, le débat vient de notre méfiance toujours grandissante pour les industries agroalimentaires. L’hyper-transformation de ce qui nous est proposé aujourd’hui nous pousse à tout remettre en cause. Et grand bien nous fasse ! Mais il faut parfois être vigilant : les OGM ne sont-ils pas un bouc émissaire, un moyen de détourner notre attention d’autres problèmes bien plus urgents tels que les conséquences de l’agriculture conventionnelle de manière générale, les banques de graines qui diminuent la variété de notre alimentation et la biodiversité végétale, mais également des problématiques sociales comme la rémunération convenable des agriculteurs ?

Alors maintenant, si vous souhaitez protéger la planète à travers votre alimentation, plutôt que refuser les OGM je vous donne quelques grandes lignes à adopter et des aliments bien connus dont il faut se méfier.

Et toi, que penses-tu des OGM ?

Sources

  1. http://millefaces.free.fr/M_contre_N/index.php?srub=article&art=9
  2. Long term toxicity of a Roundup herbicide and a Roundup-tolerant genetically modified maize, Séralini & al., 2012.
  3. Etude Seralini publiée dans le Nouvel Obs et rapidement critiquée de tous côtés https://www.nouvelobs.com/sante/ogm-le-scandale/20120920.OBS3130/ogm-9-critiques-et-9-reponses-sur-l-etude-de-seralini.html
  4. Prospects, F., Resources, N., & Studies, L. (2016). Genetically Engineered Crops. https://doi.org/10.17226/23395
  5. Nicolia, A., Manzo, A., Veronesi, F., & Rosellini, D. (2012). An overview of the last 10 years of genetically engineered crop safety research.
  6. Snell, C., Bernheim, A., Bergé, J.-B., Kuntz, M., Pascal, G., Paris, A., & Ricroch, A. E. (2012). Assessment of the health impact of GM plant diets in long-term and multigenerational animal feeding trials: A literature review. Food and Chemical Toxicology.
  7. Klümper, W., & Qaim, M. (2014). A meta-analysis of the impacts of genetically modified crops. PLoS ONE, 9(11). https://doi.org/10.1371/journal.pone.0111629
  8. Tang, G., Qin, J., Dolnikowski, G. G., Russell, R. M., & Grusak, M. A. (2009). Golden Rice is an effective source of vitamin A. The American Journal of Clinical Nutrition, Volume 89, Pages 1776–1783,.
  9. The Nobel Laureates’ Campaign Supporting GMOs, Richard J.Roberts, 2018
  10. Laureates Letter Supporting Precision Agriculture (GMOs), June 29th 2016
  11. Image de couverture par Couleur sur Pixabay

Étiquettes:

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *