Le revers du nucléaire – #1 : les dangers

Le nucléaire. Sujet délicat, sujet controversé qui parfois fait peur, énerve, affole. En tout cas il fait parler. Certains groupes écolos s’en sont saisi, l’ont dénoncé. Le nucléaire n’a pas bonne presse en ce moment. Entre les déchets nucléaire, les complaintes de GreenPeace, le chantier de l’EPR de Flamanville qui ne cesse d’être retardé… Quand on se présente comme écolo, le nucléaire semble un gros mot. Ecolo et pro nucléaire un oxymore. Mais aujourd’hui, avec « l’urgence climatique », on ne peut plus avoir ce luxe de rester ancré sur nos positions, sur nos préjugés.

Alors pourquoi on ne pourrait pas être pro nucléaire ? Si on creuse un peu le sujet, objectivement, quels sont les arguments pour ? Pourquoi tant de gens sont-ils contre ?

Aller je prends quelques lignes pour raconter ma vie, et introduire cet article au format un peu particulier que j’ai voulu écrire comme un dialogue. Je voudrais à travers cet article vous donner des clés de réflexion et de discussion. Revenir aux faits pour questionner les idéologies construites autour du nucléaire.

Cela se passe lors d’un village associatif. Je suis là pour un stand sur le zéro déchet. En face de moi, un stand dénonçant les déchets nucléaires. Affiches qui font peur, bidons jaunes, sales avec des symboles radioactifs. J’observe, curieuse. Pourquoi ? Pourquoi toute cette haine contre le nucléaire ? Qu’est-ce qu’ils proposent à la place ? N’y a-t-il pas des problèmes plus urgents ? D’autres combats à mener ?

Je me contiens.

Je me questionne.

Je me décide à aller leur parler.

 » Bonjour bonjour, pourquoi êtes-vous contre le nucléaire ? « 

[Edit : je précise évidement que ce n’est pas une retranscription de notre conversation, qu’il n’y a pas de citations et que le débat ne s’est pas passé comme ça. J’ai simplement fait le choix d’écrire les arguments anti-nucléaires succinctement et d’y opposer une argumentation que l’on a moins l’habitude d’entendre. Je ne souhaite dénigrer personne, aucun avis, aucun argumentaire ni même aucun groupe militant.]

« Nos centrales sont vieillissantes. La durée d’exploitation de certaines a été allongée ! »

C’est vrai, les réacteurs nucléaires ont été conçus pour fonctionner 30 ans. Aujourd’hui, la plupart ont dépassés cette date butoir et fonctionnent toujours (1).

Cela pose la question de la sécurité : sont-ils toujours en état de fonctionnement ? Sont-ils sans danger ? Est-il raisonnable de continuer à les exploiter ?

Je vous rassure : l’industrie du nucléaire sait bien que tous les regards sont braqués sur eux, que la population et certaines ONG ne laisseront pas passer de décisions prises à la légère ou d’accidents importants. Ils savent également, comme nous tous, les dégâts que peuvent avoir ces accidents. Tout est donc fait pour qu’ils n’arrivent pas. Les centrales font l’objet d’une évaluation tous les 10 ans et de prescriptions d’amélioration, prévention ou réparation.

Il faut savoir que la plupart des pièces d’une centrale peuvent être changées. Si bien que la centrale n’a pas vraiment 30 ans. Chaque pièce est évaluée afin de vérifier qu’elle assure toujours ses fonctions, et ce pour les 10 ans à venir, à défaut elle est rénovée ou remplacée. Seule les pièces ne pouvant pas être changées, la cuve du réacteur et l’enceinte de confinement, ont 30 ans (3). La poursuite du réacteur n’est autorisée que si le bon état de ces équipements est démontré ! Autour, tout est neuf ou en parfait état de fonctionnement. Et tant que le cœur inchangeable est en bon état, la centrale peut perdurer, et les réparations qui sont nécessaires sont faites (2).

Symbole radioactif
Tin-tin-tiiiiin

Une grande campagne d’évaluation et d’entretien est en train d’être menée par EDF, afin de prolonger l’exploitation des centrales nucléaires en toute sécurité au-delà de 40 ans. Le groupe s’engage d’ailleurs à élever le niveau de sureté et sécurité aux exigences demandées aux tous nouveaux EPR – ou presque (2). Lorsque c’est possible, les technologies sont donc amenées à un niveau de performances ou sécurité supérieur ! Les risques y sont vérifiés mais également les nuisances (environnementales et sociales).

Cette démarche implique plusieurs organismes indépendants et experts pointilleux : l’Autorité de Sureté Nucléaire (ASN), l’Institut de Radioprotection et de Sureté Nucléaire (IRSN), Haut Comité pour la Transparence de l’Information sur la Sécurité Nucléaire (HCTISN)

« C’est une énergie de plus en plus dangereuse : un accident nous pend au nez, imagine les dégâts ! »

La sûreté et la sécurité nucléaires sont des sujets avec lesquels on ne plaisante pas. Les marges de sécurité sont énormes. Il existe 3 barrières physiques de sûreté autour des réacteurs, résistantes, indépendantes et étanches, assurant le confinement de la radioactivité (2), les installations sont régulièrement contrôlées par un organisme indépendant (une visite décennale avec réexamen périodique de sûreté par l’ASN, ainsi que des visites de maintenance annuelles (3)).

Malgré cela, c’est vrai, le risque Zéro n’existe pas ! Des « plans de crise » rigoureux sont donc prévus afin d’accélérer au maximum le temps de réaction en cas de problème. Ils prennent en compte les risques humains, techniques et opérationnels. Les comportements en cas d’accident mais également d’intrusions ou attaques sont mises à jour régulièrement.

Tout est mis en place pour éviter les réactions en chaîne et la perte de contrôle sur une énergie a priori incontrôlable. Car il semble que rien ne soit incontrôlable pour l’Homme, non ? 😉 Cela a permis jusqu’à maintenant de limiter les accidents à de faibles impacts, voire dans la plupart des cas au simple état d’incident. 

Echelle gravité accidents et incidents nucléaires

Une échelle – à l’image de l’échelle de Richter pour les séismes – permet de décrire la gravité des accidents nucléaires (2). Le niveau 7 a été atteint à deux reprises dans le monde : ce sont les tristement célèbres accidents de Tchernobyl et Fukushima. En France, on n’a jamais dépassé le niveau 4, dont le dernier remonte à 1980. Des incidents de niveaux 2 ou 3 arrivent tous les 10 ans environ, et une centaines d’incidents de niveau 1 arrivent chaque année, encore plus de niveau 0 (D’après les chiffres de l’ASN (1)). Mais ces anomalies sont confinées et ne s’aggravent pas, grâce aux nombreuses barrières mises en place et  la réactivité des professionnels.  Alors, est-ce qu’on ne devrait pas commencer à leur faire confiance ?

Il semble en effet qu’il nous arrive de passer à côté d’accidents nucléaires. Cela est dû entre autres à la disparition d’emplois publics, en charge de l’entretien des collectivités. Par exemple, autrefois, des personnes étaient chargées de nettoyer les cours d’eau près du Rhône et en retirer les algues. Pour faire des économies, l’état a décidé un jour de mettre fin à cette mission (petite pensée pour les personnes qui ont perdu leur travail). Et quelques années plus tard, en 2009, les algues s’accumulant dans les canalisations de refroidissement de la centrale ont bouché l’entrée d’eau. La température du cœur du réacteur a alors anormalement augmenté. Mais, heureusement : les responsables de la centrale de Cruas ont réussi à rapidement réagir, mettre en œuvre le plan de gestion de crise prévu et ont évité la catastrophe (Source (4) et témoignage d’un professionnel du nucléaire). Une preuve que les accidents peuvent venir d’un détail, certes. Mais aussi que tout est sous contrôle et que nous devrions faire confiance aux personnes dont c’est le métier plutôt que vivre dans la peur !

« Et les catastrophes nucléaires ! Trop de gens sont tués à cause de cette énergie ! »

On dit souvent que trop de gens sont tués par le nucléaire. En fait… non, pas tant que ça. Une étude a été menée par deux chercheurs de la Nasa, qui ont conclu que l’utilisation du charbon comme source d’énergie cause bien plus de morts que le nucléaire. Même le gaz naturel serait (un peu) plus mortel que le nucléaire, et ne ralentirait pas autant le réchauffement climatique (5). La majeure partie des morts causées par les énergies fossiles sont dues à la pollution de l’air : dans les dernières décennies, cela s’élève à
1 million de morts par an ! Mais les énergies fossiles tuent à toutes les étapes du processus, depuis l’extraction du combustible à la transformation en électricité, en passant par le transport et la gestion des déchets.

En Allemagne, le nucléaire a évité plus de 100 000 morts entre 1970 et 2009 (5). Il a pourtant été décidé de fermer tous les réacteurs nucléaires entre 2011 et 2022 après l’accident de Fukushima. La production d’énergie à partir de charbon a augmentée dans les années qui ont suivies (elle a augmenté jusqu’à 45% du mix énergétique Allemand en 2012, et représente aujourd’hui 35%). Elle a heureusement été compensée par la suite pas les énergies renouvelables. Mais le charbon, accessible et rentable là-bas, continue d’être extrait et brûlé pour en exporter l’énergie ! (6)

Le nucléaire tue. Oui, mais comme toutes les activités industrielles, comme toutes les énergies. Et par rapport à ses consœurs, le nucléaire tue, mais un peu seulement. Entre 1971 et 2009, l’étude estime que le nucléaire a évité  370 fois plus de morts qu’il n’en a faites. Les seules morts dues aux radiations dateraient de l’accident de Tchernobyl, en 1986. 43 morts. A part la cataracte, aucun problème de santé n’a été attribué de manière sure aux radiations, incluant les accidents de Fukushima (2011) et Mile Island (1979). En effet, les concentrations en éléments radioactifs dans les zones alentours, et auxquels les populations ont été exposées, sont bien plus faibles que les seuils de développement de maladies fatales (5).

En réalité, les politiques pro nucléaire ont sauvé des vies, et pourraient continuer à en sauver si on les encourageait. Et ça ne prend pas en compte les vies sauvées par le ralentissement du réchauffement climatique, mais ça on en reparlera 😉

Centrale nucléaire : tours de refroidissement. Avec fumée vapeur d'eau
Je n’ai pas besoin de vous rappeler que la fumée n’est que de la vapeur d’eau, pas des fumées toxiques mortelles ? Non ? Parfait, on continue

« Et le danger dans les mines d’uranium alors ? »

Et dans les mines pour collecter les terres rares qui servent à produire les aimants des éoliennes ? Et dans celles du lithium pour les batteries ? Et dans les mines à charbon ? Pour moi, cet argument est irrecevable. Nous sommes malheureusement dans une société qui exploite les hommes à l’autre bout de la planète. Presque toutes les énergies, renouvelables ou non, utilisent à un moment de leur cycle de vie des produits collectés dans des mines, dans des conditions inhumaines. Il n’y a donc pas de meilleure alternative concernant ce problème. Si ce n’est le bois de nos forêts locales ?

Pour illustrer mon propos, je reviens à l’étude estimant le nombre de morts imputables au nucléaire, au charbon et au gaz naturel dont j’ai parlé au paragraphe précédent. Cette étude inclut l’extraction des matières premières ! Même avec cela, elle démontre que le nucléaire cause moins de morts que les deux autres alternatives (5). Quant aux impacts d’autres mines… prenons le lithium par exemple. Contenu dans les batteries et rendu indispensable à l’intégration des énergies renouvelables dans nos sociétés, il est connu pour avoir des impacts environnementaux désastreux. On ne compte plus les études statuant des impacts néfastes de la production de batteries lithium sur l’environnement, émissions locales comme de gaz à effet de serre (7)(8)

1 point partout, balle au centre.

 « Si les terroristes voulaient raser la France, il leur suffirait d’attaquer nos centrales nucléaires. »

C’est un argument qui revient très souvent contre le nucléaire. C’est vrai, peut être que le risque existe. Mais personnellement cela m’étonnerait que cela intéresse les terroristes de faire exploser nos centrales. Après tout, la radioactivité ne s’arrêterait pas à nos frontières, et pourrait les impacter, non ? Et puis détruire notre source d’énergie serait nous forcer à nous rabattre sur le pétrole, une ressource déjà suffisamment sous tension. J’avoue ne pas avoir approfondi ce sujet, tout simplement parce que je préfère ne pas vivre dans la peur. Ne pas donner ce pouvoir à la menace terroriste de contrôler notre pays. Elle le fait déjà suffisamment avec l’état d’urgence, ne vivons pas pour eux, ne vivons pas dans le doute que, peut-être, quelque chose peut arriver.

Et puis nous avons une autre forme de protection grâce au nucléaire : l’autosuffisance énergétique. Et ça, pour moi, c’est quelque chose de très fort. Nous produisons parfois tellement d’électricité que nous en vendons aux pays voisins. Nous n’en importons pas. Nous fixons nos propres prix, nous ne serons pas dépendant des restrictions sur le pétrole ou de la hausse brutale des prix (du moins pas pour la production d’électricité).

Edit : J’ajoute une réflexion très pertinente qu’on m’a soufflée lors d’une discussion. Lorsque des ONG (comme GreenPeace pour ne pas les citer) décident de pénétrer une centrale, pour dénoncer le manque de surveillance… elles attirent l’attention sur les « failles » des centrales. Elles montrent aux terroristes où aller, comment faire etc. C’est pour moi complètement contre productif et même déraisonnable ! A méditer.

Voilà, tout ça pour montrer que le nucléaire n’est pas si dangereux qu’on le dit. On est entouré d’industries dangereuses et d’usines qui pourraient exploser. Alors pourquoi le nucléaire est devenu le bouc émissaire ? Car ce n’est que ça, un bouc émissaire de plus qui concentre les énergies des ONG et les critiques des citoyens, pour nous détourner d’autres problèmes qui seraient bien plus simples et pertinents à résoudre. Besoin de quelques pistes ? Notre démocratie vacillante, la surconsommation, les déchets, le tourisme de masse, l’agriculture destructrice
Sans vous convertir immédiatement et aveuglement pro nucléaire, je voudrais que chacun questionne ses idées pré conçus, revoit ce qui est dit dans l’imaginaire collectif pour se forger un avis propre et en accord avec ses propres valeurs. Car finalement, la question du nucléaire c’est surtout ça : un choc de valeurs, une difficulté à accorder nos priorités.

J’espère que cette première partie de débat sur le nucléaire t’a plu, fait réfléchir ou donné des arguments pour le prochain repas de famille ! Il y a encore beaucoup à dire, alors reste connecté : cet article fait partie d’une série de 3 articles sur le nucléaire. La deuxième partie portera sur les déchets nucléaires, et la troisième sur les énergies renouvelables et les scénarios énergétiques alternatifs.
En attendant, donne-moi ton avis et n’hésite pas à débattre – tout en restant ouvert aux arguments opposés ! Que penses-tu du nucléaire ? Es-tu d’accord avec les arguments avancés ?

Sources

(1) Greenpeace https://www.greenpeace.fr/accidents-nucleaires-france/
(2) 4e réexamen périodique des centrales 900 MWe, Synthèse de la note de réponse aux objectifs, EDF
(3) Etude en vue de l’augmentation du niveau de sûreté des réacteurs nucléaires du palier de puissance 900 MWe en France dans le cas d’une prolongation de leur durée d’exploitation, Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN).
(4) Comment l’IRSN a géré l’incident de la centrale nucléaire de Cruas, Institut de Radioprotection et de et Sureté Nucléaire, 2009 https://www.irsn.fr/FR/connaissances/Installations_nucleaires/Les-accidents-nucleaires/cruas-2009/Pages/1-gestion-incident-cruas.aspx#.XXakPygzbIU
(5) Prevented Mortality and Greenhouse Gas Emissions from Historical and Projected Nuclear Power, Pushker A. Kharecha* and James E. Hansen, 2013,  https://pubs.acs.org/doi/pdf/10.1021/es3051197?rand=12e2wtwj
(6) Le tournant énergétique allemand, conférence par le Dr Hartmut Lauer, 2013, https://fr.slideshare.net/SFEN/presentation-docteur-harmut-lauer-6-fevrier-2013-lyon
(7) GHG Emissions from the Production of Lithium-Ion Batteries for Electric Vehicles in China, Han Hao, & al. 2017
(8) Les potentiels du véhicule électrique, Ademe, 2016

Images sur Pixabay 

Signe radioactif par slightly_different
Centrale dans les champs par PublicDomainPictures
Installation panneaux solaires par skeeze
Eoliennes par Pexels

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