Ecologie, cause animale : faut-il consommer du miel ?

Le mouvement antispéciste refuse tout produit issu de l’exploitation animale. Le miel en fait partie. En parallèle, nos abeilles doivent faire face à de nombreux dangers : biodiversité en baisse, anthropisation des milieux, cocktail de pesticide et prédateurs venus de l’étranger.

Est-ce donc bien raisonnable de boycotter le miel, alors que les abeilles manquent déjà cruellement à l’écosystème ? La production de miel est-elle plus néfaste ou bénéfique pour elles ? Consommer du miel peut-il être un acte écologique ?

Les abeilles en danger

D’abord, reposons le contexte : pourquoi parle-t-on tant des abeilles ?

28 millions d’hectares, soit la moitié environ du territoire français est destinée aux activités agricoles (1). La campagne, lorsqu’elle est exploitée pour l’agriculture productiviste, n’offre que des grandes cultures, immenses champs composés d’une unique variété de plante. De plus, les plants hybrides créés pour leur productivité accrue ne sont parfois pas pollinisables par les abeilles ! A ce maigre repas s’ajoutent les pesticides et insecticides omniprésents.

Bien que les pesticides soient soumis à une régulation, leurs interactions ne sont pas étudiées. Et pour cause ! Il y aurait bien trop de tests à mener. Les abeilles sont donc victimes du cocktail de produits chimiques, dont les effets s’additionnent et même s’intensifient probablement les uns les autres.

Engin agricole diffusion produits pesticides

Je nuance tout de même car la France a la « chance » d’avoir de nombreuses terres qui ne peuvent être cultivées – car elles sont inaccessibles, trop vallonnées ou saturées en eau. Certaines de ces terres sont conservées sous forme de prairies de pâturages, où les plantes mellifères se développent. De même, les terres mises en jachère sont un festin ! En 2010, les prairies et les terres en friches ou landes représentaient environ 12,5 millions d’hectares, environ 1/5 de la France. En revanche, les abeilles ne vivent pas dans les forêts ou les marais, lieu de refuge de nombreux insectes face à l’artificialisation des terres (plus d’1/3 des terres non urbanisées) (1)(2). D’après le scénario Afterre 2050, chaque année la France urbanise 60 000 hectares de terres (2).

Heureusement, les abeilles se portent mieux en ville que dans les campagnes. Et ce pour plusieurs raisons : tout d’abord, bien qu’il y ai eu une perte de biodiversité en ville depuis que l’on s’obstine à planter du gazon et tondre les petites fleurs, il reste des massifs floraux variés sur les balcons, les ronds-points, les terrasses etc. Un vrai festin pour nos petits pollinisateurs ! De plus, ces derniers sont moins sensibles à la pollution urbaine qu’aux produits agricoles de synthèse.

Les abeilles sont donc dépendantes des choix agricoles : utilisation de pesticides ou de méthodes naturelles, grandes cultures à faible biodiversité ou agroforesterie, plantes hybrides ou graines paysannes, monoculture ou rotation et mise en jachère, implantation volontaires de ruches etc.

Comme si cela ne suffisait pas, la mondialisation a ajouté des prédateurs de taille. Le frelon asiatique par exemple. En 2004, ce tueur d’abeille est discrètement passé dans un conteneur de marchandise, s’est implanté dans le sud de la France et remonte progressivement vers l’ensemble du pays (3). De la même manière, le varroa destructor sème la terreur chez les apiculteurs depuis quelques années.

Des insectes indispensables

Les abeilles à la base de la biodiversité

Or les abeilles sont essentielles à la vie ! Elles font partie des insectes pollinisateurs : en butinant les plantes, elles en transportent le pollen et fécondent les plantes alentours. Cela entretient la biodiversité, la reproduction naturelle des végétaux et donc la chaine alimentaire. 80% des espèces végétales du monde seraient ainsi pollinisées par les abeilles ! (4) Que fera-t-on quand il n’y aura plus d’abeilles ? Si les pollinisateurs venaient à manquer, il faudrait qu’on pollinise nous-même. Soit à la main – je vous raconte pas le boulot – soit avec des milliards de petits robots. Le tout pour des prix astronomiques, dans des conditions absurdes, consommatrices de ressources et déséquilibrant l’écosystème… alors que Dame Nature nous offre la solution sur un plateau d’argent : les insectes.

Abeilles sur alvéoles de miel

C’est pour ça que de plus en plus d’exploitants de vergers installent des ruches pour assurer une pollinisation efficace des arbres et augmenter leur productivité. (Cherchez entre autres le label « Verger Ecoresponsable » (5)).

Cela ne pose pas de problème sur des exploitations bio ou raisonnées. En revanche, sur des champs utilisant de grandes quantités de pesticides, les abeilles sont sacrifiées ! C’est le cas des amandiers en Californie : plus de la moitié des abeilles du pays sont amenées sur les champs pour assurer la fécondation des amandiers. En plus du stress dû au transport, elles sont victimes des produits chimiques utilisés sur place et du manque de diversité… Elles meurent prématurément (6).

Des sentinelles de l’environnement

Les abeilles sont de plus en plus souvent appelées les « sentinelles de l’environnement ». Et pour cause : la santé et prolifération des abeilles sont directement liées à la qualité des écosystèmes. En dehors d’une météo défavorable, le déclin des ruches sur une zone donnée est représentatif des plantes locales (hybrides ou non), des pesticides utilisés etc. Les cultures certifiées biologiques sont par exemple plus favorable au développement des abeilles que les cultures conventionnelles, par l’absence de produits chimiques de synthèse.

Production de miel = exploitation des abeilles ?

Aujourd’hui, le biotope est tellement dégradé, tellement hostile aux abeilles, les prédateurs tellement dangereux, que les abeilles ne peuvent plus survivre sans apiculteurs ! Ces derniers soignent les abeilles, placent éventuellement la ruche dans un lieu stratégique, les protègent du froid etc. Et cela n’est possible qu’à une condition : que les consommateurs demandent du miel, que les apiculteurs puissent gagner leur vie.

Apiculteur soin des abeilles

Si on n’aime pas le gout du miel, on peut le consommer pour ses nombreuses vertus : antibactérien, conservateur naturel, bon pour la peau et les cheveux… Alors pourquoi s’en passer?

Les végan peuvent tout de même avancer certains arguments contre la production de miel. Lorsque c’est mal fait, de trop grandes quantités de miel peuvent être extraites de la ruche. Ne laissant pas suffisamment de réserves pour passer l’hiver, l’apiculteur malveillant pourra compenser en ajoutant du sirop de glucose. Bien moins nutritif, les abeilles sont alors en danger et une plus haute mortalité sera observée.

Certains disent également que la production est stressante pour les abeilles, qui ne voient pas leurs réserves de miel augmenter proportionnellement à leur travail.

En réalité, la ruche est divisée en deux parties au moins : le corps de la ruche, ou la maison des abeilles, et les « hausses », les greniers. Les abeilles vivent dans le corps de la ruche. Il est dimensionné de manière à ce qu’une fois que les rayons sont remplis de miel, il suffise à la survie et au développement de la ruche. Ce  n’est qu’à ce moment-là que les abeilles montent remplir les réserves de miel, dans les hausses. L’apiculteur ne récoltera que ce miel superflu.

Avis donc à ceux qui boycottent le miel pour éviter l’exploitation animale : vous feriez peut-être mieux de consommer du miel que des amandes, non ?

Sauvons les abeilles !

Quel miel choisir ?

Attention aux miels de grandes surface, coupés avec du sirop de glucose ou du miel chinois. Il faut porter une grande attention au choix du miel. Tournez-vous impérativement vers des petits apiculteurs, en circuit le plus direct possible, qui ont des pratiques respectueuses et aiment sincèrement leurs abeilles. Vérifiez que le miel est 100% français (proscrire l’indication « origines européennes et non européennes »), 100% miel et pas coupé avec du sucre ou du miel asiatique – qui envahissent les étalages de supermarché.

Gros plan abeille récolte pollen pour production de miel

Comment aider les abeilles sans consommer de miel ?

Certaines abeilles ne produisent pas de miel mais sont de très bonne pollinisatrices, parfois plus efficace que la Mellifera mellifera que nous connaissons. Certaines ne piquent même pas, comme les abeilles maçonnes ! On peut donc installer un nid de ces abeilles dans notre jardin, afin de soutenir une pollinisation naturelle sans consommer de miel ni risquer les piqures (rendez-vous sur BeeHome !)

On peut également veiller à planter des fleurs mellifères dans son jardin, sur son balcon voire au milieu du gazon. Pour qu’elles soient appétissantes pour les pollinisateurs locaux, choisissez des plantes endémiques, adaptées au terroir.

N’oubliez pas : pour prendre soin des abeilles (mais aussi des autres insectes et de l’incroyable biodiversité du sol !), consommez dès que possible des produits cultivés avec peu de produits chimiques. Pour les produits en circuit court, non labellisés, le mieux reste de demander au producteur lui-même ou de visiter l’exploitation.

Logo Bee friendly
Logo Vergers eco responsables

Pour soutenir les vergers qui installent des ruches en guise de pollinisation efficace et bon marché, cherchez le label « Vergers Ecoresponsables ». Pour les autres produits tels que les fruits et légumes, produits laitiers, viticulture, le label « Bee friendly » se développe depuis 2011 et a fait son apparition chez Monoprix par exemple. Il s’obtient sous des conditions strictes, dont la préservation de la biodiversité et l’encadrement de l’utilisation de produits chimiques. (4)(5)

Le cas de la gelée royale et la propolis

Quid de la gelée royale et de la propolis, survendues pour leurs qualités médicinales et nutritives ?

La propolis est produite par les abeilles pour colmater les trous, faire des réparations de la ruche et soigner les abeilles. Pour la récolter, l’apiculteur (s’il choisit de le faire) doit placer une grille à un emplacement gênant. Les abeilles s’empressent de combler les trous avec de la propolis pour retrouver un fonctionnement normal.

La gelée royale quant à elle est produite en très petite quantité par les nourrices. Elle ne sert qu’à nourrir les cocons avant éclosion. Selon le dosage donné, et le rapport miel-gelée royale, le cocon éclot en reine, abeille ou bourdon. Pour produire de la gelée royale, l’apiculteur doit faire croire aux nourrices que leur reine doit être remplacée, en l’isolant.

Contrairement au miel, la récolte de gelée royale ou de propolis est donc une véritable intrusion dans la ruche, fatigante pour les abeilles et consommatrice de ressources. 

En conclusion : miam miam le miel !

Pot de miel coulant

Comme on l’a vu, les abeilles sont essentielles à la vie mais sont actuellement en grand danger. Victimes de l’artificialisation des terres, de l’utilisation abusives de produits chimiques, des prédateurs introduits par la mondialisation, de la perte de la flore endémique etc. elles sont pourtant responsables d’environ un tiers de la production alimentaire française et les remplacer couterait beaucoup à l’environnement et à nos comptes bancaires…

Un moyen de les sauver est de consommer du miel de bonne qualité. Production française, labellisée, en circuit court… il existe de plus en plus d’alternatives de vous procurer cet or liquide de manière responsable. Il est également possible d’installer une ruche dans son jardin ou sur son toit, ou encore de consommer des produits labellisés respectueux des pollinisateurs. Au contraire, évitez les produits cultivés avec beaucoup de produits chimiques ou les amandes californiennes.

Pour moi, il est déraisonnable de cesser de consommer du miel, et même contraire à la cause animale vu l’impact considérable des abeilles sur l’écosystème. Avis aux personnes l’ayant banni : s’il vous plait, songez à réintégrer le miel dans votre alimentation ! Ne suivez pas d’idéologie toute faite et sachez nuancer les propos du mouvement antispéciste – louable par ailleurs.

Et toi, consommes-tu du miel ? D’où vient-il ? Que penses-tu du traitement des abeilles ? Ton avis m’intéresse !

Sources

Cet article est issus de recherche bibliographique mais également du témoignage d’un apiculteur passionné, témoin direct du quotidien des abeilles.

(1) Quelle part du territoire français est occupée par l’agriculture ?, site du ministère de l’agriculture et de l’alimentation, 2011, https://agriculture.gouv.fr/agriculture-et-foret/quelle-part-du-territoire-francais-est-occupee-par-lagriculture
(2) Afterre 2050, Solagro, version 2016
(3) https://vigilance-moustiques.com/vigilance-insecte/frelon-asiatique/
(4) Site du label Bee Friendly, http://www.certifiedbeefriendly.org/
(5) Site du label Verger Eco Responsable, https://www.lapomme.org/vergers-ecoresponsables/pollinisation-protection-des-abeilles
(6) Les abeilles menacées par la production d’amandes en Californie, Par Morgane Le Poaizard pour Science et avenir, 2016, https://www.sciencesetavenir.fr/animaux/biodiversite/les-abeilles-menacees-par-la-production-d-amandes-en-californie_105277

Images libres de droits sur Pixabay :
Pesticides, Erich Westendarp
Groupe d’abeilles, PollyDot 
Apiculteur, Pexels 
Gros plan abeille, PublicDomainPictures 
Miel,  Дарья Яковлева

2 commentaires sur “Ecologie, cause animale : faut-il consommer du miel ?

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