Tourisme : un désastre environnemental

Le tourisme de masse cause aujourd’hui ¼ de la pollution aérienne et 35 millions de tonnes de déchets par an. Voyons cela en détail…

Pour commencer

Le tourisme. Merveilleuse invention qui est apparue au 19e siècle avec les premiers trails. Dans les années 70, avec le développement de moyens de transport plus nombreux, plus rapide et plus confortables, le tourisme se développe massivement. Vient ensuite la généralisation d’internet : nous avons accès aux images du monde entier, elles nous font rêver et nous appellent. Sur les réseaux apparaissent de plus en plus de photos de paysages et de cocktails au bord de l’eau. Dans un monde en constante accélération, connectés en continu, nous avons eu un besoin grandissant de ralentir, de nous couper du quotidien au moins quelques semaines par an. Mais aussi de pouvoir dire « j’ai été là moi ! J’ai nagé dans cette mer et y ai ramassé des coquillages ! » comme un rite d’acceptation sociale.

Rapidement, les entreprises du tourisme ont flairé l’opportunité et ont promu, à coup de photos de plages de sable blanc et mer azur, le voyage sans considération pour les impacts sociaux, économiques et environnementaux. C’est comme ça qu’est apparu le tourisme de masse et de longue distance. En 2017, l’OMT (Organisation Mondiale du Tourisme) estime que 1,3 milliards de personnes sont parties à l’étranger, un chiffre qui ne cesse d’augmenter.

Tourisme et pollution

Malheureusement, aussi plaisant que soit un voyage au bon du monde pour le touriste, il est à l’origine de nombreuses sources de pollution.

Le transport

Première source d’émissions de gaz à effet de serre du tourisme : le transport.

L’avion touristique compterait pour 20 à 30% des émissions du secteur aérien, soit 4 à 5% des émissions de CO2 mondiales(2).

Moyen de transportEmissions de gaz à effet de serre         (en g CO2eq / passager / km)
Petit avion (moins de 50 passagers), long courrier1 200
Ferry de jour980
Ferry de nuit520
Gros avion230 à 310
Voiture230 à 330 (par voiture, à diviser par le nombre de passager)
Autocar130
TER gazole80
TER electricité9
TGV4
Tableau comparant les émissions de gaz à effet de serre de différents moyens de transport touristiques. Données : Base Carbone de l’ADEME(3) (sauf autocar(4))

Le « meilleur » moyen de transport est donc le train, TGV quand il est disponible, TER sinon.

L’autocar est également une alternative viable à la voiture. A savoir que les émissions du tableau pourraient être revues à la baisse pour un trajet majoritairement sur route. Pour presque un même temps de trajet, il remplace en moyenne 30 voitures(5).  En plus des émissions, il faut prendre en compte l’usure de ces véhicules qui est évité et donc leur durée de vie allongée. Il y a, de plus, un progrès continu sur les régulations qui forcent les cars à diminuer leurs émissions de particules fines, nuisances sonores etc. De plus en plus d’offres sont disponibles et certaines (Flixbus) proposent même de compenser ses émissions carbones pour un surcoût de quelques centimes d’euros (une démarche à discuter mais qui reste à priori mieux qu’émettre sans compenser).

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Image par Eduardo Davad

Tout cela, on s’y attend. Un point surprenant en revanche : les émissions en gaz à effet de serre de la voiture et d’un gros avion semblent équivalentes… Mais alors pourquoi on fait toute une histoire du transport en avion, et bien moins de la voiture ?

Tout d’abord, attention, la donnée pour la voiture ne considère qu’un passager transporté. Si on voyage à 2 ou 4, le trajet émettra donc respectivement 2 et 4 fois moins par km et passager(3). Donc pensez au covoiturage 😉

Ensuite, la rapidité de l’avion déforme notre perception du voyage et du temps : en effet, si on est prêt à faire un trajet de 8 h, on pourra aller jusqu’à New York en avion et jusqu’à Barcelone en voiture(6). Deux beaux voyages en perspective, mais NY se trouve 6 fois plus loin que Barcelone. (Paris-Barcelone : 1 000 km, Paris-New York : 5 800 km). Les émissions carbones étant indiquées par kilomètre, le bilan est catastrophique…

Autre petit point à savoir par rapport à l’avion : par sécurité, il est obligatoire d’emporter au moins 5% de carburant en plus que ce qui sera réellement utilisé par le vol (c’est la réserve de carburant). Il est nécessaire en cas de détournement de l’avion par exemple, mais la plupart du temps, il faut tout simplement se débarrasser de ce kérosène, rendu inutilisable par la chauffe subie pendant le vol.

L’avion est donc un désastre :

  • Parce qu’il est très émetteurs de gaz à effet de serre
  • Parce qu’il gâche plus de carburant qu’il n’y parait, par sécurité
  • Parce qu’il nous permet de réaliser de très longue distance, sans nous en rendre compte, et donc de polluer d’autant plus.

De plus en plus, prendre l’avion en France est accessible, voire moins cher que le trajet en train ! Moins cher, moins long, les gens n’hésitent plus assez… Mais en réalité, pour des petits trajets, on ne gagne pas toujours tant de temps que ça. Le temps d’aller jusqu’à l’aéroport, en général isolé de la ville, arriver 2h en avance pour faire les papiers et enregistrer les bagages… en TGV, on est déjà arrivé.

Déchets touristiques

Bouteilles en plastique, emballages de sandwich, kits de toilette dans les hôtels, mini frigo à disposition et autres casse-croute pendant les excursion, mais aussi flyers et brochures publicitaires… le tourisme génère énormément de déchets : 35 millions de tonnes par an, rapporte une études(7).

C’est comme si, chaque année, chaque français rejetait l’équivalent d’un cheval finlandais (voir photos) en déchet touristique.

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Image par Catarina Kylmäperä 

Les mêmes auteurs signalent que les touristes génèrent deux fois plus de déchets que les locaux, en plus d’influencer ces populations vers plus de consommation et de produits jetables.  Plus de la moitié des déchets dans la mer méditerranée, déjà 4 fois plus concentrée en micro plastique que le 7e continent de déchet, seraient liés au tourisme(8). Dans les espaces naturels, rien qu’en France c’est 81.000 tonnes de déchets sauvages qui finissent, chaque année, dans nos paysages naturels et sur le bord des routes(9). Soit le poids moyen d’une femme chaque seconde. Des déchets qui mettront des dizaines voire des centaines d’années à se décomposer : une bouteille en plastique met 100 à 1000 ans , un gobelet en plastique 500 ans, une canette 100 ans, un mégot 5 ans(10) (sachant qu’il pollue jusqu’à 500 L d’eau). Durées pendant lesquelles ils relâcheront dans l’environnement et dans le sols des micro particules de plastique ou d’autres composés polluants. Ces particules perturbent l’écosystème, pénètrent les cellules végétale et donc la chaine alimentaire, affecte la biodiversité du sol etc.(11) Et bien sûr, d’un point de plus anthropocentriste, génère une pollution visuelle non négligeable !

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Image par bilyjan

En période estivale, certaines zones connaissant une multiplication conséquente de la production de déchets, alors que les infrastructures ne sont pas prévues pour de telles quantités(1). C’est particulièrement flagrant sur les îles, où les moyens et espaces sont plus limités. Les déchets finissent alors jetés sauvagement dans des espaces naturels, dans la mer ou brûlés à l’air libre – sans aucune filtration des rejets polluants. Des impacts désastreux pour les communautés locales, tant d’un point de vu social, qu’économique et environnemental(7).

Utilisation des ressources

Emissions de gaz à effet de serre, production massive de déchets… le bilan environnemental du tourisme ne s’arrête pas là. Il cause également l’épuisement des ressources naturelles locales, l’eau en particulier.

Les touristes, venant souvent de destination ne souffrant pas du manque d’eau, viennent avec leurs habitudes très consommatrices. Les hôtels, plutôt que nous pousser à économiser l’eau, nous permettent d’en utiliser à outrance : on peut changer ses draps tous les jours, plonger dans une piscine d’eau clair et prendre une douche – voire un bain pourquoi pas – à rallonge pour se détendre le soir, de gigantesques pelouses sont arrosées matin et soir etc. Dans les complexes hôteliers, la consommation serait en moyenne de 400 L par touriste et par jour(12). Dans les plus petites structures hôtelières et dans notre quotidien en France, on compte 150 L par personne et par jour. Les touristes français consomment donc presque 3 fois plus d’eau lorsqu’ils voyagent à l’étranger que dans leur quotidien, pendant que les populations d’accueil manquent d’eau. Pour ne pas améliorer la situation, les métaux lourds et polluants libérés par les déchets jetés dans la nature ruissellent parfois jusqu’aux réserves d’eau ou pénètrent les nappes phréatiques, rendant l’eau imbuvable(13).

Le matériel

Le matériel touristique, enfin, n’est pas sans impact. Certains loisirs nécessite des équipements spécialisés issus de la pétrochimie. En plus d’épuiser les ressources en pétrole, à chaque lavage ils s’abiment un peu plus et libèrent des micro particules de plastique dans les océans. Sont concernées par exemple les tenues anti transpirantes pour la randonnée, les skis et snowboard, les combinaisons et matériels de plongées etc(1).

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Image par Fonthip Ward 

Il faut être conscient de la quantité de ressources que ce type de matériel demande pour revoir notre consommation. D’autant que la plupart d’entre nous n’utilisent ces équipements spécialisés qu’une ou deux fois par an, voire moins. Pourquoi ne pas les partager ou les louer alors, plutôt qu’en posséder un par personne ?

Un exemple de tourisme durable

Que semblent conclure les études ? Que trop de gens voyagent, trop loin, trop souvent et trop mal. Et cela risque de ne pas s’améliorer, au vu des chiffres de l’OMT qui observe une croissance du secteur touristique et la montée en flèche du marché asiatique.

Mais alors, pouvons-nous construire un tourisme plus durable ?

En attendant de publier mon article qui y sera dédié, je vous laisse avec ce petit cas d’étude(7) afin de laisser une lueur d’espoir.

Le cas d’étude se situe à Gili Trawangan, une petite île d’Indonésie près de Bali. Au début réservée aux trailers et aux backpackers, elle s’est rapidement développée comme destination pour les touristes avides de plages au soleil. Trop rapidement même : en l’absence de mesures de prévention, les habitants ont vu, entre autres, le récif coralien se dégrader, les plages s’éroder et des montagnes de déchets impossibles à gérer. Le tourisme était devenu la principale activité économique de l’île, au détriment de l’agriculture la pêche traditionnelles.

En 2006, un plan d’action est mis en place pour implémenter des pratiques plus durables et contenir les débordements touristiques. Le problème des déchets a été souligné comme une priorité.

Le système de gestion des déchets en place à ce moment-là existait depuis 1996 et consistait simplement en une collecte (en charrette !) et le rassemblement des déchets dans une décharge de plein air – sans aucun tri ni perspective de valorisation. Avec le boom du nombre de touristes, ce système est rapidement parvenu à ses limites.

En 2010, plusieurs partenariats se mettent en place et les ressources – humaines, financières et techniques – sont mobilisées pour développer comme il se doit le système de gestion des déchets. Surtout, une politique de promotion de la réduction des déchets est implémentée, à travers plus d’éducation et de sensibilisation autour de la problématique. Il était essentiel, pour cela, d’impliquer tous les acteurs de l’ile : gouvernement, citoyens, commerces mais aussi, et surtout, les professionnels du tourisme. Des partenariats ont également été scellés avec l’extérieur, dont Bali par exemple, afin de profiter de leur connaissances. Une eco-taxe a été mise en place sur les produits touristiques afin de participer au financement de projets durables tels que le compostage ou la recherche de moyens de recycler et valoriser les déchets.

Finalement, la clé du succès de l’île a été l’implication d’un maximum d’acteurs. Cela a été permis par davantage de transparence et la prise de conscience de ce que chacun avaient à gagner.

Pour conclure

Le tourisme a aujourd’hui des conséquences catastrophiques sur l’environnement, à l’échelle globale autant que locale. Gaz à effet de serre, déchets, épuisement des ressources en eau, pollution par les micro plastiques… les désastres se multiplient, de même que les études sur le sujet. Cela signifie-t-il que nous devons arrêter de voyager ? Nous espérons tous le contraire. Pour connaitre le fin mot de l’histoire, je vous encourage à jeter un œil sur ce site, ou d’autres traitant du sujet, et surtout je vous invite à mon article dédié au tourisme responsable!

Sources

Cet article m’a été inspiré après la lecture du livre « Les dilemmes du tourisme »(1). Comme il date d’il y a une dizaine d’année, j’ai fait des recherches supplémentaire pour actualiser les informations et, évidemment, y ajouter mes réflexions personnelles.

  1. Callot, P & Babou, I (2007). Les dilemmes du tourisme. : France.
  2. Lozato-Giotart, Balfet, 2004 , cités par Callot, P & Babou, I (2007). Les dilemmes du tourisme. : France.
  3. Base carbone, ADEME, sur le site : http://www.bilan-ges.ademe.fr
  4. Consoglobe : https://www.consoglobe.com/les-14-modes-de-transport-les-moins-polluants-cg
  5. https://blog.checkmybus.fr/actualites/les-autocars-un-moyen-de-transport-vert-036/
  6. https://www.rts.ch/decouverte/sciences-et-environnement/environnement/6801224-pourquoi-voyager-en-avion-n-est-pas-bon-pour-la-planete-.html
  7. Solid Waste Management in Small Island Destinations: A Case Study of Gili Trawangan, Indonesia, Lacey WILLMOTT and Sonya R. GRACI, 2012
  8. SOPHIE KLOETZLI, 2018, http://www.socialter.fr/fr/module/99999672/695/le_tourisme_de_masse_peut_il_tre__zro_dchet
  9. (https://www.planetoscope.com/dechets/1933-dechets-sauvages-jetes-en-france.html)
  10. (https://www.adeic.fr/2016/03/09/la-decomposition-des-dechets/)
  11. https://www.consoglobe.com/duree-vie-dechets-nature-1386-cg
  12. Tourism and water use: Supply, demand, and security. An international review Stefan Gössling a,b,*, Paul Peeters c , C. Michael Hall d , Jean-Paul Ceron e , Ghislain Dubois f , La Vergne Lehmann g , Daniel Scott h 2010.
  13. https://www.bastamag.net/Speculation-sur-les-dechets-la-face-cachee-du-tourisme-de-masse
  14. Image de couverture par Terri Cnudde

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